jeudi, juillet 06, 2006

 

LES AMANTS RÉGULIERS

Cher tous,
Pendant que je me prélasse, les doigts de pied en éventail au bord de
l'eau, je fais travailler les copains! En toute exclusivité, parce que
ce blogue se veut un espace dédié à la critique indépendante et surtout
parce qu'on a rarement mieux écrit sur les films qu'elle, voici la
critique des Amants Réguliers, signée Juliette Ruer.

LES AMANTS RÉGULIERS
Souvenir grisant
Par Juliette Ruer

C’est grave et si léger… le cinéma français s’articule encore sur ces deux composantes; à l’aise sur des échasses qui ne vont pas souvent au même rythme. Depuis longtemps. Les équilibristes s’appelaient entre autre Vigo et Renoir, puis vint Louis Malle, Jean Eustache et Truffaut. Demy et Varda. Et des bulles de temps en temps, Éric Rochant, le Klapisch du début, Pierre Salvadori, Ducastel et Martineau, Christophe Honoré, peut-être. Sombres et si solaires, dans la facture comme dans le sens, les Gaulois ne sont pas mauvais dans l’art des fantaisies dramatiques qui sourient à contretemps.
Les Amants réguliers est l’essence même de ce charme. Il est cela et encore plus, parce que Philippe Garrel n’est pas le premier venu, qu’il ne s’arrête pas au tableau délicat que cela compose et parce qu’il évite le piège principal de sa proposition : la nostalgie du baby-boomer parisien.
Il l’évite! C’est un quasi miracle, vu la donne : nous sommes en 2006 et il s’agit d’un film de trois heures en noir et blanc, avec très peu de dialogues et quelques touches de piano, qui parle des dérives sociales, artistiques et amoureuses de jeunes en plein mai 68. Pas d’ouvriers, pas de populo, juste les Princes de la rue, l’aristocratie du pavé, étudiants et artistes confondus. Les héros sont beaux comme des dieux en veste noire et chemise blanche, les filles sont alanguies, l’opium fait des volutes. Les barricades sont révolutionnaires. Sur papier, un truc plus cliché et plus propice à la mélancolie que ça : faut lire Paris Match.
Et pourtant, zéro nostalgie dans ce film. Ou plutôt, la seule qui existe est la composante majeure d’un romantisme généralisé. Mais on n’y sent aucun regret de cette époque emblématique. Si ce film carbure à un tiers d’idéalisme, il est tempéré par deux tiers de désillusion, de mort et de mal de vivre. Rien de joyeux, mais pas d’amertume non plus. Il y a bien le souvenir de la jeunesse (Garrel avait l’âge de son fils au moment des événements) et le malaise vécu quand la famille Garrel au grand complet (Louis Garrel, Maurice Garrel et Brigitte Sy) est déçue parce que la révolution s’étouffe après la nuit des barricades. Les gens de gauche en souffrent encore. Mais quand dans un soupir en forme de sourire, Clotilde Hesme articule Ber-nar-do-Berto-lu-cci, autre rêveur magistral des années 60 (qui a lui aussi regardé en arrière récemment avec The Dreamers), on y voit un hommage et rien qui laisse transparaître le « c’était mieux, avant ».
Les Amants réguliers est surtout un très joli miroir de l’âge des possibles. Garrel a pris le temps de capter ces regards qui ne sont que rarement directs, ces gaucheries et ces gestes malhabiles, ces flambées d’émotion et ces apathies immenses. L’oeil est tendre sur leurs errances, le réalisateur aime cet état. Il s’attarde, en mettant des accents de piano à la Éric Satie sur les points forts, et en laissant surtout le grand directeur photo Willy Lubtchansky découper ses héros en noir et blanc jusqu’à ce qu’ils forment un tableau cubiste, un composite somptueux, propice à la mémoire, qui s’accorde à merveille à cette histoire de Roméo et Juliette.
Un poète avec des boucles aime d’amour fou une sculpteur avec des jeans. Le poète est si romantique qu’il cite Musset, rêve de Révolution française et s’imagine sauvant sa bien-aimée : avec un film pareil, l’amour est somptueusement jeune.

Comments:
tiens Hélène, un cadeau :

http://web.choq.fm/emission.php?id=468

La page risque de te rappeler des souvenirs. Downloade la dernière émission, on parle de Mickey Mouse
 
aaah 'j'essuie une larme'
bien drôle d'entendre ces deux animateurs 'se demander que peut bien faire MickeyMouse-là'. Vous avez pas idée.......... ;)
 
Bravo Juju, c'est beau comme le film
 
Merci des commentaires Denis !

Supposément que le boss de ma station a envoyé le lien au rédacteur du Ici.

à suivre !
 
Si le film est aussi beau que la prose de Juliette, ça promet!
J'irai le voir.

Merci Simon pour le suivi de l'affaire; pour ma part, j'ai débuté par un commentaire à Robert Lévesque lundi dernier.
Sans réponse, mais je n'attendais rien de sa part.À suivre...
 
Merci Juliette :)

On renouvellera l experience par ici...

Enfin, si je reviens un jour. Demain, je ne vous l apprends pas, c est la finale France-Italie. Et devinez où je n ai pas trouve mieux que d aller...en Italie!
Je crains un peu le lynchage mais resterai fidèle à mes Bleus! Forza Francia!
Pour le reste, j ecouterai patiemment le lien dès mon retour.
 
Hep les tinami(e)s,qqu'un peut me dire si ce film sortira en DVD?Je suis pas certain de le voir en salle tellement je suis absorbé par Fantasia vous me pardonnerez.
Je suis comme un enfant dans une confiserie tellement la programmation est alléchante cette année!(comme tous les ans dailleurs)J'ai même pas vu la
moitié des bandes-annonces(Dvd inclus dans le programme à $5.on rigole solide)que j'ai déjà trois billets d'achetés et je me retiens faute de temps pour voir tous les films que je voudrais voir.C'est de la cruauté décisionnelle mais somme toute,un délicieux tourment.

Vous voulez savoir lesquels j'ai choisis jusqu'à maintenant?(car je me garde un espace impro de dernière minute) Ok, puisque vous me tordez le bras...Et Helen est en vacances, je me laisse aller:)

Tout d'abord,des États-Unis,"Blood Tea and Red String"
un chef-d'oeuvre d'animation annoncé qui aurait prit 13 ans à se réaliser par une seule femme,
Christiane Cegavske.
Elle a tout fait elle-même,figurines,décors,écriture,animation,réalisation et production.Gagnante du"Best animation,San Francisco independent film Festival 2006".
Ensuite,"The Great Yokai War"(Japon) du réputé Takashi Miike, maître de l'horreur qui signe ici un conte épique "pour enfants".Et finalement, "Re-cycle"(sélectionné à Cannes) des frères Oxide et Danny Pang de Chine,réalisateurs de "The Eye".
Je vous épargne tous les autres titres intéressants.

J'en salive déjà.Miam.J'ai mis les billets en lieu sûr et me lèverai probablement la nuit pour les caresser...:) Joke;)

On s'en reparle...
 
J'oubliais, le film "Blood Tea et Red String" affiche complet pour la représentation du 16.Reste qques billets pour le 18.Et le nom de famille de Takashi Miike, se prononcerait "Mickey" :)

Plus d'info au www.fantasiafest.com
 
Ouf, un autre putain de chef d'oeuvre de la part de Mickey ce matin. Pouvons-nous faire laminer le premier paragraphe de sa 'kronik' - j'en rirais si je ne venais pas d'entendre le toujours vigoureux porte-parole-mascotte de Fantazzia éructer 'un film de Costa-Grava' - qu'on m'amène ma ciguë...
 
de quelle mascotte tu parles denis ? J'veux des potins !


Simon
 
Yvan, as-tu un lecteur multizone ? Tu peux te commander Les Amants réguliers sur Amazon.fr !
 
tu es très capable de deviner ça tout seul comme un grand mon Simon ;)
 
Ok, j'ai un train de retard mais je viens d'entendre la fameuse émission de Choq.

Joie, bonheur et petite larme émue!

Merci les gars. Pas d'avoir été bien aimables envers nos égards reconnaissants, à Denis et moi, mais de prouver par A+B à tous ceux qui pensent le contraire que non, le public n'est pas une bande d'idiots congénitaux à qui le mot art donne des boutons.
Merci de ne pas moutonner bêtement en acceptant de vous faire imposer le niveau 0 de la critique.

D'ailleurs, je n'arrive malheureusement pas à lire mon mickey cette semaine (mon ordi doit faire une allergie au ici...), mais Costa-Grava???? C'est aussi bien qu'écrire Truffaud ou les frères Cohen quand on est chef de section, ça!
 
Moi j'aime bien le cinéma de Gilles Proulx, surtout "Le sac de chats" avec Barbara Bain.
 
C'est probablement le léger format pdf qui donne du fil à retordre à ton pauvre ptit ordi. Tu peux essayer de lire sa kronik ici. On s'y fait encore expliquer à quel point c'est pas beau le manichéisme et le snobisme.
 
Arrrgh, je m'étouffe dans mes spaghettis...

Quel style, quelle élégance, quelle pensée raffinée...j'en suis toute étourdie.

Par contre, perdue que je suis dans mes vacances, j'ai appris en le lisant la fermeture annoncée du cinéma du Parc??!!
Quelle terrible nouvelle. Car contrairement à ce qu'il raconte, cela ne prouve pas qu'il existe un public pour les films indépendants (mais comment donc se font les connections dans son cerveau à lui?), mais bien que le public, en grande majorité, ne va plus au cinéma (sauf da vinci code et autres supermaneries...).
Bref, beaucoup de tristesse...J'aimais le cinéma du Parc, son statut de festival permanent (qui lui permettait de passer des films non acquis par des distributeurs...désormais, bye bye ces films-là), sa programmation, ses chaises inconfortables mais qui me manqueront.
Voilà qui n'augure pas de beaux lendemains chantants pour le cinéma à Montréal....
 
Z'avez vu comment Mickey nous les enfilent ses chefs-d'oeuvre! Avec une constance métronomique,la substance d'une poulpe et la grâce d'une tricoteuse ivre morte...
Son analogie avec le soccer!
Au secours...
(...)
Vraiment triste pour le cinéma du Parc effectivement, souhaitons qu'il sera repris par d'autres en gardant le même esprit d'exploitation.Croisons-nous les doigts...
 
Helen, puisque tu es en vacances, tu me permettras de reproduire ici ma réponse à la dernière chronique de Martineau du Voir, concernant le sous-financement de notre cinéma.Je l'ai retravaillée pour ton blog.J'ai recueilli le plus grand nombre de votes à ce jour cette semaine.Sans prétention et sincèrement...

"Du sang neuf,du fric,et une ouverture d'esprit"

Voilà ce qui manque chez les ronds de cuir de Téléfilm,Sodec et tout ce qui parle "pognon".Faites le ménage chez les institutions qui "décident" de délier la bourse pour le cinéma,augmentez le budget de la culture en général.Si un pour cent du bugdet brut consacré à la culture d'un pays c'est trop demander,je ne donne pas cher de la pérennité de ce peuple.

Encouragez les auteurs inconnus mais prometteurs, mettez des gens sur le terrain(dans les cinémas et festivals)au lieu de rester assis derrière votre bureau de fonctionnaire pour dénicher les nouveaux talents!Est-ce si compliqué de trouver des gens compétents culturellement?
Ce n'est pas tout, le clivage Régions versus Montréal!
C'est vrai qu'on en a marre de Montréal,pourquoi? Parce qu'on finance du monde sans talent et imagination! Ya une méchante gang de téléromans et films plattes!
Pourquoi? Parce qu'on les voient, et pourquoi on les voient?
Parce que des crétin(e)s incompétent(e)s les financent!
De voir du talent aller ailleurs ne me surprend guère dans cette optique.Ça rend dingue de voir tout ce monde doué se battre contre vents et marées pour obtenir quelques piastres de la "seigneurie gouvernementale".
Il faut vraiment avoir une âme de guerrier pour faire du cinéma ici aujourd'hui, avec l'armée technicienne syndiquée que cela prend d'une part, et les cachets aux acteurs et actrices d'autre part.Voilà qui vous gobe un budget dans sa majeure partie.Pas étonnant de voir tout ce monde se crêper le chignon.D'un côté les "primadonnas" que sont les techniciens et acteurs, et de l'autre,les créateurs et créatrices, parents pauvres qui se battent pour faire vivre leur vision et tout ce "beau monde".

Les plus à plaindre sont les auteurs.Il y a beaucoup de talent ici, et il n'est pas "géographique"
mais "individuel" à mon avis.C'est du "cas par cas" à évaluer en dehors de QUI on est, de D'OU on vient, selon moi.Le véritable problème réside chez les décideurs.
De voir le nouveau gouvernement Harper dépenser des milliards pour s'armer sans donner un sou de plus pour la culture est assez indicatif merci! Et je parle pas du provincial, j'ai plus assez de place...
 
Le blog d'Helen est jusqu'à date un beau lieu d'échange et je vais me permettre de répondre à ta missive cher Yvan. Je pourrais écrire longtemps mais je resterai le plus bref possible (je continue de faire une petite écoeurite d'écriture). J'ai fait des jurys pour la SODEC, je suis 'dans la machine' avec mes projets depuis un bon 6-8 ans maintenant et si je suis d'accord avec toi concernant l'argent que bouffe la mafia syndiquée des techniciens et acteurs. Je suis un peu moins sûr, voire exaspéré, de ce discours anti ceux que l'on appelle un peu à tort 'les fonctionnaires'.

D'abord, de savoir si ces gens prennent ou ne prennent pas les bonnes décisions quand vient le temps de financer un 'auteur' est presque un faux-débat. Ce ne sont pas des fonctionnaires stupides comme le veut une certaine croyance. Sans vouloir les défendre (car QUI mettrais-tu à la place?), je te dirai que plusieurs d'entre eux sont relativement compétents, certains y sont depuis très (trop) longtemps donc: certains sont forts, certains sont au mauvais endroit, tous ont teinté à leur façon le paysage cinéma des dernières années. Bon? Pas bon? C'est un autre débat mais celui qui nous pousse à décréter 'crissons-les tous dehors ces fonctionnaires' est franchement puéril. Mais je vais aussi te révéler un secret...

En dehors du manque de fonds (encore faudra-t-il étudier comment les producteurs dépensent les budgets gonflés de films) que l'on décrie (oui Lepage, Leclerc, Morin etc en ont souffert récemment), je pose la question: nommez-moi des cinéastes qc de grand talent (outre le fait que plusieurs devraient tourner plus question de développer une oeuvre) qui sont réellement mis de côté, censurés, gardés à l'ombre?

Il y en n'a pas tant que ça sinon aucun. C'est mon opinion.

Aussi, j'ai fait partie d'un jury à la SODEC et permettez-moi de vous dire qu'un projet de film bien présenté, structuré, bien écrit, clair, avec une VISION, original... eeeh allo? J'en ai vu à peine 3 ou 4 sur environ 35. Et je vous épargne les détails de ce qui m'a été mis sous le nez, proposé par des cinéastes amateurs sortis de l'école, des producteurs improvisés, un budget bancal, une incapacité évidente à mener un projet à terme de la part de celui qui soumet etc.

Bref, le lançage de caillou aux 'fonctionnaire' pu sûr moi-là... Les gens qui ramassent le $ sont les producteurs qui présentent les 'meilleurs' projets. 'Meilleurs' veut dire 'Compétents', 'Solides', 'Capable d'être menés à terme'. Rien d'artistique là-dedans malheureusement mais...

C'est une façon de regarder le problème. J'imagine qu'il y en a bcp d'autre.
 
Merci d'avoir répondu malgré ton "écoeurite" cher Denis.
Je dois malheureusement aller bosser,je n'ai pas le temps de répondre adéquatement maintenant mais je tiens à dire que j'y suis peut-être aller un peu fort sur les "fonctionnaires".
Cependant, tous semblent pointer unanimement Téléfilm Canada du doigt dans ce débat,mon erreur probable d'avoir inclus la Sodec en te lisant.Je suis daccord avec toi concernant les producteurs qui gonflent les budgets.

À plus tard pour les autres points que tu as soulevés.
 
Si la mafia que sont les producteurs, techniciens et acteurs gobe tout ou presque, c'est que quelqu'un en quelque part en est responsable, ya des gens qui ne font pas un travail de surveillance adéquat! Non?

Je vais te révéler un secret de polichinelle, c'est comme cela en musique aussi(et sans doute dans presque toutes les formes d'art), les compositeurs contemplent leurs diplômes et prix de conservatoire, les interprètes et maisons de disques(producteurs) contemplent leur compte en banque.Les uns rêvent de ce qui pourrait être, les autres rient en passant à la banque.
Maintenant, si tu me dis Denis que les critères de sélection ne sont pas artistiques mais purement solides,compétents et capables d'être menés à terme,j'y vois comme un "léger" problème...Et à la question:"QUI je metterais à leur place" Bien euh, je connais pas tout le monde du milieu par son prénom mais je répondrais perso:des gens à la sensibilité artistique un peu plus développée et un peu moins enclins au sacro-saint Box Office(exemple:Les boys,Les Dangereux, Séraphin)J'en donnerais moins à la télé, et plus au cinoche parce qu'il rayonne au-delà de notre nombril.:)
Il faudrait mater les producteurs véreux une fois pour toutes(ça date pas d'hier merde)revoir le salaire des techniciens selon les budgets et ramener l'égo des acteurs qui tournent beaucoup(et empochent trop), sur terre.Et finalement, consacré un pour cent du bugdet à la culture(c'était surtout cela l'objet de mon "fessage" de fonctionnaires,maladroit peut-être).Tu as raison,probablement personne victime de censure ici, mais mis de côté,sûrement quelques-un(e)s.En terminant, le Québec est la province qui recèle le plus de fonctionnaires au Canada.Au fait, comment doit-on les appeler?
Les guerriers de l'ombre? ;)
Voilà, ma scène"gérant d'estrade" est terminée.Ce n'est que mon opinion et comme tu l'as si bien dit, ce n'est qu'un point de vue, il y en a beaucoup d'autres...
Finalement si on veut faire un peu de fric en art(et vivre décemment), vaut mieux être interprète, revendeur, distributeur ou producteur que créateur...C'est d'une tristesse absolue.Je pourrais continuer à écrire sur les créateurs versus les
vautours...Mais j'arrête ici.
 
I wish I could blog as good as you, but what I can do is give you a nice Guitar Lesson!
 
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