lundi, juin 22, 2009

 

Trop d'histoires?

Paul Schrader qui n'est tout de même pas le dernier des ploucs quand on parle de scénario rédigeait la semaine dernière un bien bel article dans The Guardian. Son sujet: "l'épuisement narratif"!

"Let's crunch some hypothetical numbers. Take a media-aware person of, say, 30 years of age. Call him Ollie Overwhelmed. When Ollie's great-grandfather was 30 he had perhaps seen 2,500 hours of audio-visual narrative (plot). His grandfather, age 30, had seen about 10,000 hours. His father had seen 20,000 hours. Ollie in 2009, age 30, has seen approximately 35,000 hours of audio-visual narrative. These are not hard numbers. I've read no polling to this effect. But this seems about right.

That's 35,000 hours of plot. Movies, television shows, cartoons, streaming video, YouTube clips. Storylines long and short: teen comedies, soap operas, love stories, crime shows, historical dramas, special-effects extravaganzas, horror, porn, highbrow, lowbrow, hour after hour, day after day, year after year. That's a lot of narrative. It's exhausting."

Selon l'auteur de Taxi Driver, Hardcore ou Raging Bull, l'originalité qui a toujours été une denrée rare deviendrait encore plus précieuse et le boulot de scénariste une véritable sinécure. Comment surprendre quand tout est déjà raconté, sous 45 formes différentes? Et surtout, comment espérer que le cinéma se sortira indemne de cet appauvrissement généralisé? Mais l'attaque de Schrader laisse songeur: trop d'histoires peuvent-elles vraiment tuer les histoires? Ou faut-il tout simplement admettre une bonne fois pour toutes que le langage cinéma a sa propre langue et qu'il nous faut apprendre à l'écouter?


Comments:
J'ai eu la chance l'an passé d'assister à un bref Q&A avec Schrader après une projection de son Mishima : a life in four chapter. Il semblait assez blasé par l'état du cinéma contemporain, en soulignant par contre son admiration pour Hunger de Steve McQueen.

S'il y a surcharge narrative aujourd'hui, il y a au moins matière à se réconforter en voyant le travail de plusieurs cinéastes qui tentent de la désamorcer, soit en l'oblitérant (je pense tout suite à Weerasethakul), soit en la commentant ouvertement (Antonio Campos avec Afterschool).

Est-ce le que le cinéma aurait une prédisposition à questionner cette problématique qui ferait défaut aux autres médias?
 
Le dernier commentaire était de moi (Jason). C'est à cause de la dernière dérape que l'on ne peut plus écrire en signant librement?
 
ça me pousse à revenir au plus récent film de denis côté (ou aux récents gus van sant, claire denis, david lynch, etc.)...où le cinéma s'exprime de lui-même sans le soucis narratif. je suis en partie d'accord avec schrader en ce qui concerne l'essoufflement d'un certain public pour les histoires en la manière où il est de plus en plus difficile de nous surprendre. si vous êtes comme moi, vous savez dès les 3-4 premières minutes si vous allez aimer un film que par la mise en scène ou le "scénar-image"...l'introduction d'un personnage est cruciale et en dit long sur comment le film nous sera raconté...j'aime beaucoup cette tendance à filmer des éléments et laisser le spectateur fabriquer sa propre histoire en faisait les liens qu'il veut. quand les raconteurs prennent la peine de tout m'expliquer ce que j'ai déjà compris, je m'emmerde à fond!

et puis toute ces suites adaptés d'histoires déjà traitées le prouve bien. l'histoire, tout le monde la connait, ce qu'il vienne voir c'est le traitement (explosions, cgi, etc.) pourquoi ne pas assumer tout ça et se concentrer sur le viscéral. je n'encouragerais pas l'absence d'histoire, mais simplement la reconnaissance que tout le monde en sait déjà assez pour que les raconteurs se permettent enfin de prendre des raccourcis dans les dialogues, dans les mise en contexte pour gagner du temps et l'utiliser pour allez encore plus loin...le cinéma est toujours un médium puissant et très sous-estimé par beaucoup trop de monde.
 
Mais D, est-ce le cinéma peut s'affranchir du narratif? L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat, Inland Empire ou Gone With The Wind, le souci n'est pas sensiblement le même dans les trois cas?
 
D'accord avec Jason... Oui, le cinéma a une prédisposition naturelle à inclure, dans sa matière même, ce questionnement sur l'importance de la narrativité (Tarantino, entre autre, en joue et très habilement). S'il y a un essouflement narratif, il tient moins, à mon avis, à tout ce qu'évoque Schrader qu'à trois facteurs très simples: 1) oui, on peut encore - et on doit, à mon avis - raconter des histoires MAIS on ne peut plus le faire comme avant (et ceux qui tiennent encore à en raconter ont trop souvent tendance à le faire comme on le faisait jadis); 2) après 22 James Bond, 8 Star Trek, 7 Planète des singes, 6 Rocky et je ne sais plus combien de Rambo, d'Harry Potter, d'Aliens, d'Exorcistes, de Saw, etc..., le spectateur moyen est en droit d'attendre du système de nouvelles manières d'aborder les mêmes histoires... et il ne les a jamais; 3) la panne de sujets qui sévit actuellement à Hollywood (avec des films basés sur Facebook, Monopoly et autres conneries du genre...) trahit un manque d'intérêt pour le contenu (et une passion pour le "branding" et la surexploitation des marques) qui ne peut que finir par lasser les spectateurs (même les moins exigeants). Et puis, il y a cette question troublante, à laquelle on pense forcément en lisant le papier de Schrader: si Hollywood avait aujourd'hui entre ses mains les scénarios de Taxi Driver, Network ou Chinatown, aurait-elle l'audace de les produire. Poser la question, c'est y répondre...
 
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