jeudi, mars 13, 2008

 

C'est funny....

Pour poursuivre la discussion commencée, entre autres, ici par Antoine, pourquoi pas un petit détour par ici pour en parler plus à fond?

Sacré Haneke, quand même

Comments:
Ben coudonc, il y a des sujets qui suscitent moins de réaction que d’autres.
 
tiens Antoine, tant que je suis en visite aussi bien en profiter pour nourrir ton "thread"... J'ai été très intéressé par ton article sur Haneke, j'ai comme toi désormais quelque peu déchanté. J'étais un grand fan du "Septième continent" et même "Funny games" il y a une douzaine années bien avant qu'il soit vraiment connu et reconnu, mais depuis ça c'est dégradé malgré que j'ai adoré "Code:inconnu" et été fasciné par "La pianiste". Depuis je trouve que sa mécanique, toujours aussi douée et brillante, est néanmoins devenue répétitive et accessoirement très moralisatrice. "Caché" notamment recèle selon moi une forme d'idéologie de mauvaise conscience que je trouve franchement désagréable et qui travesti les qualités esthétiques du film (et puis j'en ai un peu ma claque de Binoche). Par ailleurs le côté "je-vous-fais-voir-ce-que-vous-voulez-voir-pour-montrer-à-voir-qu'il-ne-faut-pas-toujours-voir-ce-qu'on-veut-voir-tout-en-vous-faisant-voir-ce-que-vous-ne-voulez-pas-voir" a fini au fil du temps par me faire davantage l'effet d'un moustique qui fait des aller-retour dans mon oreille que d'une lumière qui m'éclaire et m'inspire. En plus si maintenant il est rendu à faire des remakes... (le preview est quand même amusant, je le reconnais et le film est peut-être très bien mais bon: pourquoi?). En bref, je dis qu'il y a un avant et un après "Le temps des loups".
 
Il y a peut-être une logique dans ce remake de Funny Games. Force est d'admettre que l'original s'attaque à des codes provenant du cinéma américain (qui ont bien sûr été repris par la suite par d'autres pays).

Qu'Haneke accepte d'exposer sa réflexion en faisant appel aux moyens qu'il critique me paraît pervers et parfaitement louable.

Pourquoi refaire l'original avec exactitude ? Simplement parce que le propos demeure le même.

N'ayant pas encore vu cette nouvelle version, j'imagine néanmoins que ma lecture sera différente à cause de ma connaissance de la production de 1997. Haneke ferait-il son propre Pierre Ménard ? C'est à considérer...
 
Dire que Lars Von Trier est plus manipulateur qu'Haneke me semble exagéré, sans avoir vu son "Drôles de jeux", mais ayant vu "Caché" que j'ai trouvé bien intéressant.

Faute de l'avoir vu, c'est très utile de vous lire sur le sujet en attendant,mais des voix supplémentaires manquent à l'appel sur l'interprétation de ce film, et seraient fort appréciées.
 
Et si l'argument autour d'Haneke est de dire qu'il nous pose de réelles questions sur la violence dans le divertissement je trouve que c'est un peu de la bullshit. Quand "Funny Games" était un petit film autrichien venu brasser un peu la cage, je pouvais y croire. Maintenant, c'est plus difficile. S'il s'agit de troubler le spectateur (ce que j'entends beaucoup dire, notamment par Haneke), c'est de plus en plus raté car au contraire il y a une forme d'autosatisfaction chez ses adeptes qui n'est pas remise en cause. Le miroir "lucide" qu'on prétend renvoyer au spectateur ressemble plutôt désormais à un clin d'oeil de connivence entre initiés "qui ont compris que violence et entertainment ne font qu'un et que c'est pas beau". N'importe quel cégepien qui n'a vu que 3 films serait capable de faire ce constat. Avec plus de distance, "Clockworrk orange" (auquel Haneke fait beaucoup référence) parvenait davantage à offrir une réflexion sur la mécanique de la violence individuelle et à la faire résonner avec la violence sociale dans laquelle elle se place.

Je crois qu'Haneke lui s'intéresse plutôt à la mécanique du voyeurisme, et là-dessus il est incroyablement brillant, il joue magnifiquement avec les codes attendus. Mais au final qu'est-ce qu'on en retient? Tant qu'à moi un (très) beau spectacle pour intellos qui offre un constat un peu attendu. Peut-être que c'est suffisant après tout... En tout cas ça fait plus jaser.

Je regrette quand même qu'un film comme "Goya's ghosts", dans un autre registre, fasse moins parler. Sans être un chef-d'oeuvre, c'est quand même un film qui fait réfléchir sur la violence comme système mimétique basé sur le pouvoir et qui n'épargne absolument personne. Ni la religion, ni l'idéal révolutionnaire, ni le modèle de "liberté" anglo-saxon, ni la politique et ni même l'art (Goya montré comme impuissant, incapable de vraiment intervenir dans le réel qu'il dépeint). Les aller-retour incessants dans le film entre les différents pouvoirs est très ironique et en même temps très lucide et cruel.
 
Ça n'a rien à voir avec le sujet,
ce n'est pas mon blogue,
mais je crois que plusieurs ici vont apprécier;

http://www.ledevoir.com/2008/03/17/180854.html
 
C'est pas pour rien que le JdeQ est en lock-out depuis près d'un an. Le but de PKP est de faire une gigantesque boîte de nouvelles à sensation pour peu de frais pour un maximum de profits. Évidemment, des profits qui iront dans les poches des actionnaires si possible, et un peu des cadres. L'information et le journalisme viennent trèèèès loin dans la stratégie d'entreprise. Malheureusement pour eux, il reste des vieilles barrières de l'ancien monde au JdeQ et au JdeM qu'on appelle les syndicats.
 
Désolé Helen, ces temps-ci, moi et les gros bras ne faisons pas bon ménage et quand on me tend une perche...
J'ai un copain,au JdM depuis 20 ans.Il me disait en gros ceci: Le père Péladeau était exigeant, mais négociateur reconnaissant(pour le JdM).
Pierre K. est un rouleau compresseur colérique qui choisit la confrontation en tout temps pour maximiser ses profits.

Ainsi va le monde. Ya pas à dire, ces temps-ci ya de quoi occuper tout un régiment sur les cas de la censure,des droits d'auteur bafoués, du projet de loi C-10,de la gestion "discutable"
(un euphémisme) de Téléfilm Canada, du recul du Droit point final; journalistique et artistique...

Quelqu'un voudrait-il me pincer s'il vous plaît.
 
Pour en revenir à Funny Games: l'important pour moi n'est pas le propos de Haneke, mais bien la force de frappe émotionnelle incroyable du film. Un de mes amis, adepte de tout cinéma ultra-violent, n'a pas réussi à regarder le film (l'original) en une seule séance: il a dû arrêter au milieu du film, parce-qu'il se sentait trop mal. J'ai, quant à moi, rarement été aussi atterré au cinéma que lors de la scène, disons, de la course automobile, pour ne pas trop en dire, qui me semble d'ailleurs avoir été malheureusement écourtée pour cette nouvelle mouture. Funny Games reste pour moi l'une des expériences cinématographiques les plus éprouvantes que j'ai vécues, ce qui est déjà beaucoup.
Quant au propos, les comparaisons avec Clockwork Orange sont plus ou moins justes. Le film de Kubrick adresse la notion de violence au niveau individuel et s'attarde sur la responsabilité, l'origine de celle-ci. Haneke ne parle pas de la violence réelle ou sociale, il tente plutôt de nous démontrer comment nous, en tant que spectateurs, réagissons face à la violence. Le point de vue est original, je ne peux pas penser à un autre film examinant la violence d'une telle façon, c'est-à-dire par son spectateur uniquement plutôt que par son émetteur ou son expression. Je ne crois d'ailleurs pas qu'il fait de la morale et qu'il condamne notre attitude de voyeur, il veut en fait démonter les mécanismes du voyeurisme en nous enlevant ce qui, généralement, nous permet d'accepter, et de jouir, de la violence en fiction.
D'où l'intensité du film: en nous enlevant nos balises, il nous prend complètement à son jeu pervers, nous n'avons plus la distance rassurante de la fiction qui nous permet d'apprécier, si ça se dit, une scène de torture, et nous nous retrouvons à être complice de ce que nous voyons, bien malgré nous. La scène de la remote control, par exemple, ne sert pas uniquement à nous retirer méchamment notre catharsis, mais surtout à nous faire prendre conscience de la manière d'où nous nous servons de la vengeance, en tant que spectateur, comme exutoire nécessaire à notre divertissement. Dans Funny Games, les effets de distanciation ont, au contraire, un effet de rapprochement, ils nous font pénétrer dans l'univers du film. Et moi, je n'en suis pas ressorti tout à fait indemne.
 
Intéressante discussion. Les interventions du mystérieux sg (s'agit-il de Serge Giguère ? de Sacha Guitry ?) sont pertinentes.

Avez-vous lu les journaux en fin de semaine dernière ? Le hasard a fait que deux oeuvres abordant le thème de la violence prennent l'affiche en même temps, soit Blasté (pièce de théâtre mise en scène par Brigitte Haentjens) et Funny Games. Les articles respectifs faisaient état de deux regards diamétralement opposés sur la violence. Brigitte Haentjean affirme qu'il est essentiel de représenter crument la violence, tandis qu'Haneke affirme le contraire. L'opposition des regards est d'autant plus passionnante que le théâtre est l'art de l'artifice et des conventions tandis que le cinéma, celui du réalisme photographique... Bazin aurait dit le "réalisme ontologique".

Je vais voir la pièce ce soir. Je vous en reparle.
 
Marco : OK, va pour Sacha "king of the quotes" Guitry:

"Il est bon de lire entre les lignes, cela fatigue moins les yeux."

"Avez-vous remarqué que, lorsqu'on fait rétablir une conversation téléphonique coupée, on s'aperçoit qu'on s'était tout dit."

"I have a dream"

Etc.

T'as pas un billet spare pour la pièce de Brigitte? :)


Sylvain: d'accord avec beaucoup de choses, par-contre la comparaison avec Kubrick n'est pas de moi mais de Haneke lui-même qui l'a fait plus d'une fois (sans compter les petits clins d'oeil dans le film). J'ai d'ailleurs chez moi un vieil enregistrement de l'émission "le Cercle du Cinéma" (ça passait sur TV5, quelqu'un s'en souvient?) avec Haneke, Michel Ciment, et... Oliver Stone! (ce qui donne lieu à des moments très cocasses) Si je me souviens bien Haneke y affirme n'avoir d'ailleurs "que" Clockwork Orange comme référence concernant Funny games..

Je partage ton analyse et ce que tu dis sur l'intensité du film, une de ses qualités, mais Haneke en général prétend quand même nous en dire beaucoup plus. Il fait pas juste du cinéma de pure esthète à la Coen, il prétend quand même aussi à une sorte de méta-discours qui transcende l'oeuvre, comme dans "Le temps des loups" et "Caché" avec ses petits double fonds idéologiques. Et c'est justement là que je décroche un peu plus après "La pianiste"...
 
Hier soir, j’ai finalement vu Blasté, de Sarah Kane, mis en scène par Brigitte Haentjens. La représentation de la violence joue ici sur un double registre. D’abord celui de la présentation crue d’actes de barbarie (viol, énucléation). Il s’agit-là peut-être de la portion la moins convaincante de la pièce, le théâtre se heurtant ici à son incapacité intrinsèque de faire croire au réel. L’autre registre repose plus sur l’affect. D’abord, l’obscénité naturaliste. La scénographie sèche et décentrée. La musique. La trivialité des situations et des dialogues. C’est sur ce point que Blasté m’apparaît plus efficace. Il surgit de cette stratégie un sentiment de violence plus tangible.
Dans les deux cas – celui de Blasté et celui de Funny Games – je reste songeur. Voici deux œuvres portées par l’intention suivante : démontrer au spectateur ce qu’est la violence (réelle ou représentée) et dénoncer celle-ci. En ce qui me concerne, si on veut mettre en cause la violence, on devrait mieux rédiger un essai. Après tout, on ne dénoncera pas la pornographie en réalisant un film porno. Il y a quelque chose de paradoxal dans le fait de voir la dénonciation de la violence susciter des réactions jouissives. Les spectateurs de Blasté attendent avec excitation la fameuse scène du viol de Roy Dupuis par Paul Ahmarani. Et si on prenait au pied de la lettre les intentions de Haneke, ses admirateurs devraient sortir de la salle révulsés. Or, ils jubilent. Et c’est vrai qu’il y a dans Funny Games quelque chose d’absolument et contradictoirement fascinant.
Désolé de vous amener sur le terrain du théâtre, mes doigts me démangeaient.
 
Je cherchais un exemple probant, je trouve que celui de la pornographie est excellent. Très intéressant la comparaison entre le théâtre et le cinéma.
 
Vraiment intéressant, je serais curieux de savoir combien quittent avant la fin du visionnement, à chacune des représentations quand il y en a.
 
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