mercredi, février 06, 2008

 

Du cul comme mode de survie

Le cul ou le cœur? Les fesses ou l’âme? On voudrait tant ne pas avoir à choisir. Parfois, pourtant, on ne sait pas. Parce que la folie d’une mère a empêché tout attachement émotionnel. Parce qu’un cul, c’est tellement plus facile à donner. Parce qu’on pense naïvement qu’en se donnant ainsi, on n’aura plus à penser à ce vide béant qui nous fait un trou, là où notre cœur devrait battre.

Marie-Sissi Labrèche a connu cet état d’entre d’eux, cet abandon du corps total quand le cœur ne veut plus. On le sait, car elle l’a raconté dans ses deux premiers romans Borderline et La brèche. En long, en large et en travers. Avait-on besoin du cinéma pour en rajouter une couche?

Probablement, car ce qu’a fait Lyne Charlebois de cette matière première instable et pulsionnelle relève davantage de l’interprétation libre et inspirée que de la transposition complaisante et voyeuriste.

Oui, il y aura des fesses dans Borderline. On y dira aussi des mots crus, de ceux qui choquent encore ceux qui pensent qu'une fille, ça ne devrait pas dire ce genre de mots. Ca fait mauvais genre. Mais ces images et ces mots ne seront pas gratuits. Nous devrons les absorber comme autant d’expressions d’un mal-être profond, comme autant d’appel au secours, comme autant de sonnettes d’alarme. Il fallait de la délicatesse pour aborder le destin de cette Kiki, aux prises avec un directeur de maîtrise trop empressé, une grand-mère trop malade, une mère trop folle, une identité trop ravagée.

Il fallait de la délicatesse et de la force aussi pour ne pas laisser son sujet traîner dans la mare d’un sentimentalisme rose bonbon ou d’une pudibonderie de sous-sol. Charlebois a les deux. Aidée par la photo de Steve Asselin, enfin débarrassé de ses manières artificielles, sa mise en scène évite tous les vilains pièges qu'on aurait pu craindre en se faisant tantôt enjôleuse, tantôt crue, tantôt imaginative et fantaisiste, tantôt d’un naturalisme saisissant.

Quant à Isabelle Blais, interprétant avec conviction cette Kiki bouleversée, elle se défait enfin de ses allures de jeune fille trop sage, trop lisse pour habiter physiquement son rôle, avec une audace, une candeur et une fougue qu’on aime à lui découvrir.

Alors non, Borderline n'est pas un film parfait. Il est naïf parfois. Agaçant aussi. Mais Borderline est aussi, et avant tout, un film qui sait toucher droit au coeur sans n'utiliser aucune de ces vilaines armes tire-larme que nous connaissons. Ce n'est déjà pas si mal.

Comments:
Si je peux me permettre...

À mon humble avis qui ne vaut plus grand chose, Borderline est le PIRE film québécois depuis Elles étaient 5. Une horreur gênante et je ne laisse aucune porte ouverte à la nuance.Désolé Helen.
 
Mais ce n'est pas grave, Denis. Je sais que c'est parce que tu as un coeur de pierre :)
 
Cher Denis,
Je vous trouve bougon et de mauvaise foi et ce, malgré tout le respect que j'ai pour vos deux films que j'ai trouvés rafraîchissants dans la situation actuelle avec toutes ces merdes « made in Québec » qui envahissent les écrans. Sans compter que je vais en profiter pour me confesser : vous me manquez sincèrement avec vos critiques intelligentes, constructives et de vos pamphlets tout acides qui démontraient un amour sans équivoque pour cet art qu’on appelle malheureusement trop souvent du divertissement et que je dévorais religieusement tous les jeudis.

Par contre, et à mon humble avis de cinéphile de salon, Borderline est un film honnête et aucunement prétentieux. Comme le mentionnait si bien Helen, le film n’est pas parfait, mais sait bien toucher au cœur. Et dans la morosité actuelle du cinéma québécois, ça fait un grand bien de voir ainsi une œuvre aussi personnelle, touchante, dure également, profiter d’une diffusion populaire tout en demeurant dans une catégorie cinématographique malheureusement peu assez exploité dans ce pays, c’est-à-dire les entre-deux.

*Parenthèse*

(Évidemment, je ne passerai sous silence que le pire film québécois depuis L’Odyssée d’Alice Tremblay (même pas assez mauvais pour avoir des vertus psychotroniques sous l’effet de cannabis) est à mes yeux Ma tante Aline, une HONTE. Heureusement, je n’avais pas payé pour ça. Sans compter que le dernier Arcand est digne de ce que Arcand fait de mieux : de la grosse marde. Mais bon, ces derniers exemples sont à mes yeux tout simplement horribles et une insulte aux contribuables québécois. À côté de ces grandes vues produites par de grandes personnes importantes, Borderline est sans aucun doute supérieur.)

*Fin*

Et tant qu’à être dans l’indignation, je me permets d’exprimer mon dégoût le plus total envers les Jutras (si Claude savait...) et leur absence flagrante de goût. TOI mérite le meilleur film, Anne-Marie Cadieux meilleure actrice (et ce, sans équivoque), Marc Béland une nomination comme meilleur acteur, Denis Côté mérite une nomination comme réalisateur pour sa mise en scène et sa direction d’acteur... Au moins, Émond n’a pas été oublié... sinon, ça frôle le vide absolu. Et dites-moi, est-ce que François Delisle est boycotté par une certaine élite du divertissement? Si je m’abuse, sa première œuvre Le Bonheur est un chanson triste avait oublié également aux Jutras.

Vraiment décourageant.

Mais bon, je me permets de conclure par ceci : Un gros merci à Helen de permettre le débat envers le cinéma d’ici et d’ailleurs et ce, sans censure. Je vous en remercie.
 
Simon, j'ose espérer que je peux encore m'exprimer sur le cinéma des autres sans devoir me comparer ou parler de mon propre travail. C'est un autre sujet.

Je persiste et signe, Borderline est une horreur. Défendre un film parce qu'il est 'honnête' est franchement discutable. Défendre un film parce que 'les comédiens sont bons' aussi.

Un cinéphile sérieux avec un bagage minimum (tiens, un film de Dreyer, Bresson, Cassavetes, Bergman, RWF, Pasolini, rien d'autre mettons) a le droit de demander et d'exiger un cinéma de haute qualité et a le droit de défendre cette qualité dans les médias si son travail l'amène à justement écrire sur le cinéma. Ce cinéphile critique, par simple respect du cinéma, a le droit de mettre la barre à cette hauteur et de déplorer tout ce qui pollue ou se situe sous cette barre.

Hors, dans nos médias, là où le bagage cinéphile est parfois inexistant, le critique ne parle plus au nom du Cinéma mais bien au nom du 'spectateur moyen', celui qui n'a ni les outils de comparaison ni le bagage pour juger d'un film. Cela donne les critiques que nous connaissons, des 'Bien' partout, sinon des 'wooow - très bien' à la moindre trace d'émotion ou trace de livraison correcte du réalisme psychologique télévisuel sans cesse demandé à nos bons acteurs. Rien d'autre, jamais.

Borderline est risible avec ses accumulations de lyrisme de cegep, son symbolisme pesant comme un pont, ses complexes d'Oedipe à 2$.
Mais la madame de Repentigny pense que c'est bien d'entendre dans un film un dialogue comme 'Mémé, si je ne peux plus pleurer, est-ce parce que toi et maman avez pleuré toutes les larmes de la famille?' À défaut d'avoir l'air snob, rangeons-nous de son côté.

La liste des scènes ridicules, affreusement ridicules sont bien fraiches dans mon esprit. La nomenclature me brule les doigts.

Pour ce qui est de l'honnêteté au cinéma... Il faudrait aussi décider d'en définir le concept. Nitro, Bon Cop machin, Ma fille mon zzz ou Rambo sont à mon avis des produits commerciaux, clairement étiquetés comme tel, vendu et ciblé vers un public bien défini. L'ambition des gens derrière ces produits est claire: Hollywood. Pour moi, c'est de l'honnêteté.

Quand on arrive dans le cinéma d'auteur (et j'en suis!), c'est autre chose: au mauvais film d'auteur avec du symbolisme à 2$, avec la prétention de parler avec justesse d'un problème de société, avec sa frustration dans l'âme d'être constamment le 'petit film indépendant' qu'il faut traiter avec respect, je réponds qu'il ne mérite aucun traitement de faveur, que ses maladresses paraissent amplifiées, tout comme ses prétentions. À côté de lui, le produit commercial est seulement con. Et la connerie s'en sortira toujours plus facilement que les maladresses boursoufflées d'auteur.

Pour ce qui est des Jutra (svp, pourrait-on respecter l'orthographe?), je m'en fous totalement. Vraiment. Pas de scandales, pas d'injustices, seulement des chicanes de ruelles et l'autogratulation d'un petit milieu qui n'a pas la maturité ni l'envergure de respecter LE cinéma. Seulement SON cinéma.
 
Denis, Simon, je dois vous dire: je me fous de savoir que Borderline est un film d'auteur ou non, s'il est commercial ou non. C'est un film point barre.
Et à ce titre, je le trouve touchant. Comme 37.2 m'avait touché. Parce que ce genre de filles me touche. Parce que la mise en scène de Charlebois me plaît, parce qu'elle est légère et ludique, parce qu'elle ne s'auto-apitoie pas.
Ce n'est pas de la complaisance, c'est ma subjectivité.
Dans un ciné québécois qui cherche le père comme on cherche sa route, ce film dit ce qu'il a à dire sans chercher à quoi que ce soit, sans se donner de mission ou de but.

J'exige de ma passion cinéma autant que j'exigerais d'un amant. Qu'il m'emporte, me surprenne, me déstabilise, me touche. Qu'il me renverse cul par dessus tête. Mais quand il me donne ça, c'est rare, c'est précieux, et c'est ce qui fait son intérêt. Quand il me donne Borderline, il me fait patienter, et assez bien pour que j'attende la prochaine caresse.
Que tu ne sois pas d'accord, Denis, c'est arrivé assez souvent pour que je m'en formalise pas, c'est même enrichissant. Mais ne mets pas en doute mon honnêteté, stp.
 
Tu as bien sûr le droit d'aimer ça. Pê que d'autres le verront et qu'ils témoigneront. Mais je ne pousse absolument personne vers la salle... ;)
 
La différence d'appréciation entre vous est telle, que je me sens un peu poussé à le voir ce film.

Et de lire un Denis plus démonstratif,c'est toujours un grand plaisir pour moi et pour plusieur(e)s j'en suis convaincu.
 
Oh, ça faisait longtemps de tels échanges. Je pense que Denis a le goût de la controverse là. Le «PIRE», c'est trop, même sans avoir vu le film. Que fait-on de Les Boys X, Les Dangereux, Vendus et Secret de banlieue?
 
Moi, les Jutra, pus capable !
J'attends juste de voir qui dira en premier que « nous pouvons être fiers de notre cinéma québécois, qui est aussi bon que n'importe quel cinéma au monde » BeeeeuuurrrrK !
Quant à la divergence Helen-Denis, ça donne en effet le goût d'aller le voir pour se faire une opinion.
Jean B
 
Ouais. Denis me tire d'un bord, Helen de l'autre.
Vais-je débourser pour une catastrophe potentielle ou un bon film touchant sans prétention?

Question existentielle taraudante.
 
Je penche du côté de côté....Le film n'est pas réussi, à mon avis. Les dialogues sont particulièrement faibles, interprétation inégale, passablement réac dans son propos...

J'arrête!

Choron67
 
Je rejoins Antoine. Pour deux moutures Yves Desgagnés qui se réclame de Bergman (quelle audacieuse association), je prends une Charlebois en tout temps. Film imparfait certes, mais la démarche est là. Je préfère un faux pas à deux pas faussement assumés.
 
Choron t'aurais pas dû t'arrêter, je trouvais ça intéressant:)
Les dialogues, c'est d'une importance capitale, qu'ils soient absents ou présents, l'utilisation du dialogue et/ou du silence versus "l'image qui parle" au cinéma...

C'est un autre sujet...
 
Amusante lecture en ce petit samedi matin gris. Pas vu Borderline. Une chose m'étonne : le fait que François Delisle soit un cinéaste si sous-estimé dans nos gazettes. J'avais dit à un ami, au sujet de Toi, qu'il y avait quelque chose de fassbinderien dans le rapport de Delisle avec son actrice Anne-Marie Cadieux. L'ami en question m'a répondu avec un sourire empathique : mon pauvre, plus personne ne sait ce que le mot " fassbinderien " veut dire.
 
Marco, Toi est à mon avis le film québécois le plus 'cinématographiquement' intéressant de 2007. Le propos ou sujet pourra en irriter quelques-uns mais il y a un sens du langage et du cinéma dans ce film. Et en ces temps où je dévore enfin Berlin Alexanderplatz, j'adhère tout à fait à l'idée d'un rapport trouble et 'fassbinderien' entre Delisle et Cadieux.
 
"...l'autogratulation d'un petit milieu qui n'a pas la maturité ni l'envergure de respecter LE cinéma. Seulement SON cinéma."
Franchement, les Jutra ne respecte pas plus son cinéma que le cinéma (l'un ne va pas sans l'autre, j'imagine). En quoi 13 nominations pour 3 p'tits cochons témoigne d'un respect quelconque pour le cinéma, faut chercher. Quant à moi, c'est le pire film québécois, ou du moins le plus détestable, depuis des lustres (j'ai pas vu Borderline, mais à voir les preview et les critiques, je suis pas mal certain que je pencherais du côté de denis). Au moins, Ma tante Aline, c'est peut-être nul, mais c'est sans prétention.
Quant à Delisle, je m'explique assez mal sa totale absence, surtout que l'année cinéma québec est très pauvre. Je fais partie de ceux qui sont irrité par son propos, mais je lui reconnais un réel talent de réalisateur, l'un des rare d'icitte qui utilise un langage personnel et cinématographique. J'ai l'impression qu'au Québec, il y a juste trois réalisateurs qui savent c'est quoi un hors-champ...
 
Je ne commenterai pas sur Borderline puisque je ne l'ai pas vu.

J'appuie cependant Denis sur le fait qu'un cinéphile a le droit d'exiger le meilleur du 7e Art. L'amateur de cinéma recherche toujours l'excellence et ce, même s'il visionne des oeuvres de Fred Olen Ray régulièrement.

Pour reprendre Oscar Wilde, «J'ai des goûts simples, je n'exige que le meilleur.»

Cependant, je te pose la question Denis, n'y a-t-il pas quelque chose de légèrement dangereux à s'autoproclamer auteur de cinéma ?

Bien que personne ne peut te contredire sur l'évidente vision personnelle se trouvant dans La Sphatte, Les états nordiques et Maïté, ne revient-il pas aux autres (cinéphiles et critiques) de te donner de pareils qualificatifs ?

Je demande cette question puisque j'ai toujours trouvé pompeux l'un de mes enseignants se décrivant comme un «polémiste de métier» parce qu'il s'avère «intellectuel, universitaire et professeur.»

Je ne peux d'ailleurs m'empêcher de sourciller devant Balzac déclarant qu'il sera désormais un homme de génie...

Je tiens à spécifier qu'il ne s'agit pas ici d'une attaque envers toi ou ton travail pour lequel je porte énormément de respect, je ne fais que poser une question que je pourrais d'ailleurs demander à plusieurs autres cinéastes.
 
Je ne comprends bien ta question Simon. Bien sûr que c'est dangereux.

Qui s'est bruyamment autoproclamé 'Auteur'? Peu de cinéastes le font ouvertement et bien sûr que c'est le travail des autres d'apposer des étiquettes.
 
C'est une blague ce que vous dites sur Delisle ? Bonheur est une chanson triste est l'un des pire films que j'ai vu, auteur ou pas ça n'a rien à voir. Je veux bien croire que Toi est supérieur mais franchement le travail de Delisle est une vraie calamité d'auto-suffisance à vide. À vous répugner du cinéma en général.
 
Non non Denis, tu as bien répondu à ma question, merci.

Pour ceux se proclamant ouvertement auteurs de cinéma, chez les plus connus, me souviens que François Ozon l'avait dit à Cannes en 2003 et je crois, mais je devrais vérifier, que Rossellini le fait également dans Fragments d'une autobiographie.

En fait, ce sont souvent des débutants qui se donnent de pareils qualificatifs...
 
et par débutants, je pense surtout à certains kinoïstes...
 
Denis j'aurais deux questions pour toi(celles qui me brûlent le plus):

Quelle auto-critique ferais-tu de
"Nos vies privées"?

Et la deuxième: Quand crois-tu que "Elle veut le chaos" sortira?
 
Ha Ha! Une autocritique de NVP! J'aime que mes films soient vus mais je n'aime pas beaucoup parler de mon travail. C'est un cliché mais c'est la vérité.

Elle veut le chaos est aux étapes finales de postproduction et sera entièrement terminé vers le 4-5 avril. La cible pour une Première nord-américaine est au Fest de Toronto.
 
Un gars s'essaie ;) mais merci tout de même.C'est une question difficile, la distanciation face à ce qui nous tient à coeur n'est pas chose aisée, surtout quand on aime pas beaucoup parler de son travail créatif.
 
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