jeudi, mai 03, 2007

 

Maudit chanceux


Martin Girard, du Voir, a eu cette chance dont la plupart des cinéphiles rêvent: papoter avec David Lynch. Oui, il y a un panthéon de cinéastes comme ça, auxquels tous les journalistes sérieux se pâment de pouvoir parler un jour. Personnellement, j'aimerais un jour, pouvoir prendre un thé avec Scorsese, faire un tour en bagnole avec Tarantino, discuter le bout de gras avec les Dardenne, causer sadisme avec Haneke ou encore me taire et écouter parler Bergman.

Mais revenons à nos oignons. Je suis venue, j'ai vu Inland Empire et j'ai été vaincu. Je suis peut-être, probablement passé à côté du chef d'oeuvre (ça m'arrive, les mauvais jours), mais j'ai trouvé Lynch d'une mégalomanie indescriptible (toutes les idées qui lui sont passé par la tête semblent avoir été jetées dans le film, sans autre souci que d'étaler la grandeur de son imaginaire), mal à l'aide avec la vidéo (le tout ressemble à un téléfilm roumain cheap des années 80), d'une confusion maladive et ne parvenant à susciter chez moi que 3 heures de sensations hésitant entre l'hallucination désenchantée et l'ennui profond.

Peu importe, sur cette question de la vidéo, Martin Girard pose cette question à M. Lynch

Avez-vous l'intention de filmer dorénavant juste sur vidéo numérique?

"Oui. Le support filmique traditionnel est mort. Complètement mort. Les autres peuvent bien continuer à l'utiliser, mais en ce qui me concerne, c'est fini. Tout est tellement plus léger et souple en tournage numérique. Les caméras pour le format 35 millimètres sont très lourdes et exigent une grosse équipe technique. La pellicule peut se déchirer, se salir, les couleurs varient d'une bobine à l'autre. Le chariot pour les travellings est aussi gros qu'un Hummer. C'est de l'antiquité."

Traitez-moi de vieille nostalgique, si vous voulez, mais pour moi, le 35 ne mourra jamais. Des choses magnifiques se font en numérique (pour ne citer que celui-ci, Saraband), mais sur un grand écran, les possibilités d'enchantement du 35 (ces arrières-plans, ces reliefs, ces couleurs) restent encore inombrables, j'en suis convaincue.


Oh, et pour une vraie critique d'Inland Empire, venez voir par là

Comments:
Martin Girard a une chance énorme je le concède, mais si sa question sur le cinéma numérique laisse présager l'ensemble de son entrevue, ça ne vole pas très haut. Acceptons le numérique pour ce qu'il est et passons à autre chose. Moi quand je vois la gueule de Godard lorsqu'on lui demande si le numérique est l'avenir du cinéma, je me dis que parfois on ne pose pas les bonnes questions.
 
À chacun son opinion, mais moi je suis d'accord avec m. lynch au sujet de l'avenir du cinéma. Ça fait plus de 100 ans qu'on tourne en pellicule, c'est certain que c'est beau la pellicule, c'est sa particularité. Mais le numérique a aussi sa particularité et nous en somme qu'au début...la technologie évoluera et la cinéma avec...je ne crois plus au futur de la pellicule...plus tard, les projections ne se feront qu'en numérique, pour une raison de marché et oui, de qualité...et les vieux tenant de la pellicule devront encoder leurs films sur support numérique...à quoi bon??? On a fait le tour avec la pellicule en 100 ans et avouez qu'il est difficile de voir le cinéma se moderniser si peu depuis quelques années...se sera par le numérique que passera la modernisation de notre cinéma...je comprend votre discours, chers puristes, mais laissez la chance aux futurs coureurs, ils pourraient vous surprendres...

p.s.: la tronche de Godard dans Notre Musique...malgré tout le respect que je lui dois...témoigne de sa sinilité grandisante...désolé, mais papa Godard n'est plus dans le coup depuis belle lurette...(laissez votre présente hargne à mon égard de côté, c'est inutile)

voilà, c'est mon opinion!
 
longue vie au 35!!!
mais aussi à toutes les nouvelles possibilités.

ça me choque toujours un peu cette manie de déclarer la mort de quelque chose. ("oh my god, c'est la mort du roman"!!! la mort du livre, la mort du journal, la mort de la télévision, etc.)

multiplication ne veut pas dire remplacement.

mais maintenant je suis avertie que Lynch a fait table rase ;-)
 
Coudonc d, on ne va jamais se mettre en accord !

Tu sembles oublier que Godard est l'un des premiers cinéastes de renom à avoir travaillé avec le digital et la vidéo !

À ce sujet, je crois qu'il peut se prononcer.
 
La sénilité/lucidité de Godard me répugne autant qu'elle m'obsède. Je suis d'accord que de clamer que ceci ou cela est mort c'est parfois une tentative de différer sa propre fin. Greenaway un autre «cinéaste» qui est content de dire à tout le monde que le cinéma c'est mort. Mais où j'approuve la baboune de Godard dans «Notre Musique» (dans la mesure où je fais ma propre lecture de cette baboune), c'est que poser la question c'est un peu y répondre non? Oui le numérique c'est nouveau et ça va changer le cinéma tel qu'on le connait, pas besoin de Lynch ou de n'importe qui pour le dire aux cinéphiles, qui ne sont pas cons. Godard ne s'insurge pas contre le numérique, mais contre l'extrême vacuité de ceux qui voient uniquement le gadget derrière l'image. De la façon dont plusieurs réagissent au numérique, c'est comme si la nouvelle mouture du médium est déjà en train de mettre au carcan plusieurs cinéastes et leur façon de penser le cinéma.

Michael Mann embrasse le numérique et filme la ville comme personne auparavant. Sofia Coppola colle à la pellicule et à son romanstisme léché. Lynch redécouvre l'inquiétante étrangeté à l'aide de petites caméras dv. Un bon artisan va travailler avec l'outil qui lui convient. C'est un nouvel outil, pas une révolution salvatrice.
 
Pour suivre la pensée de Jason, je crois que Godard dit par son silence que rien ne peut sauver le cinéma.

Il est déjà mort d'ailleurs, voilà comment se conclue WEEK-END.
 
35mm ou numérique...Crémeuse ou traditionnelle...Intéressant faux débat, quant à moi. Je favorise le contenu au contenant.
Excusez le cliché.

Le numérique a démocratisé le cinéma, n'importe qui peut s'improviser cinéaste pour le meilleur et le pire. Je suppose qu'en 2007, le choix du support en est un artistique et économique. C'est le temps, et non pas les personnes qui décrète le mort du vivant, dans tous les domaines.Il fera inexorablement le tri entre les deux, peu importe la caméra.

Pour votre info Mister di, il n'y a pas de puristes ici, seulement des amoureux(ses) du 7e art. Ce mot me fait tiquer depuis qu'un certain Michael Ôgendre nous le sert à toutes ses sauces fadasses.

C'était mon humble opinion de cinéphile.
 
Je n'emploierai plus ce mot!

promi, juré, craché, (spit)!

Très bon échange les amis!
 
Dans une autre entrevue, Lynch racontait que non seulement le 35 était dépassé, mais que c'était aussi carrément le cinéma lui-même qui allait droit à la ramasse. En gros, il soutenait que nous étions dans une période de transition et qu'il allait falloir trouver de nouvelles façons de raconter des histoires.
Ce n'est pas nécessairement faux, et effectivement le débat 35-vidéo n'en est pas le seul enjeu.
Mais ayant vu ce Inland Empire, je peux dire que je ne suis absolument pas convaincue par la solution qu'il propose. Ce serait ça, le fameux nouveau cinéma? C'est un peu court, jeune homme...

Il ne faut jamais vendre la peau du cinéma avant de l'avoir tué.
 
À VOIR À VOIR
THE LONGING / Goethe-Institut cette semaine aux Découvertes allemandes.
 
Helen bien déçue du dernier Lynch au contraire des autres...Hum.
Ché pu quoi faire, aller le voir ou attendre le DVD?
That is the question...
C'est quand même trois heures assis à l'ombre par ce temps radieux.
Aidez-moé kékun.
 
Peut-être devrais-je opter pour le plan B proposé par Denis, et attendre le Lynch en DVD.
Oui mais je bosse jeudi et vendredi, augh quelle torture!
ASSEZ! Vous n'avez pas l'droit!
Laissez-moi tranquille, je dirai tout ce que vous voudrez!
;)
 
Yvan. Helen semble déçue. D'autres aussi. Je ne suis pas un inconditionnel de Lynch sauf pour Mul.Dr. que je considère comme un réel chef d'oeuvre mais ce INLAND EMPIRE est à mon humble avis carrément extraordinaire - bien au-delà des débats 35mm/vidéo, bien au-delà des conneries qui s'écrivent (cinéma de psychanalyse zzz).

GRAND ÉCRAN mon ami, GRAND ÉCRAN.
 
Ah les amis, même si j'ai été déçue, je confirme, c'est un cas de Grand Ecran, ça c'est sûr.

En dvd, ça risque d'être d'autant plus cheapette...
 
A-HA! Tout s'éclaire maintenant!
J'étais perdu dans les limbes de l'indécision. Merci à vous deux.
 
Merci pour le lien vers la critique de P.Gajan. Mais ne devrait-on pas dire "lynchéen" plutôt que "lynchien" ?

(Ceci pour faire diversion sur le faux-débat 35mm vs numérique!)

On ne se connaît pas mais personnellement, autant j'ai mal vécu Mulholland Dr., autant je me suis laissé bercer par In.
Emp., notamment à cause de l'extraordinaire performance de L.Dern. C'est l'un de mes récents orgasmes cinématographiques (au sens où je les ai vus en salles, dans un cinéma!) avec Rois et Reine et Little Children.

Du vrai cinéma qui t'emporte!
 
ahh, lynchéen, lynchien...grand débat :)
Je dois dire que, malgré toutes mes réserves, j'aime la division qu'Inland Empire (et M. Drive) suscitent. J'aime les films qui font débat, qui laissent une trace, qui suscitent quelque chose. Après se greffe là-dessus le plaisir de défendre sa subjectivité
C'est d'ailleurs cet échange, cette confrontation que j'aime d'Arrête ton cinéma, sur lequel, Ti-Pat, tu es le bienvenu!
 
Ai-je adoré INLAND EMPIRE ?

Je ne serais pas prêt de faire pareille affirmation, mais force est d'admettre que le film m'a laissé une impression forte avec plusieurs images inoubliables. Je ne regrette pas de m'être laissé emporter dans cette dimension alternative et je répéterais bien ce voyage sur grand écran.

Laura Harris gagne la palme de la vision la plus sexy de 2006.
 
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