mercredi, avril 11, 2007

 

Ca commence bien une journée, ça


Drôle de nouvelle lue ce matin dans Le Monde.

Pour la 5ème fois, la famille du cinéaste Mohsen Makhmalbaf a été la cible d'un attentat en Afghanistan.

Le 27 mars dernier, alors que Samira, la fille, tournait, sous la protection de soldats afghans, des plans de son prochain film, Le cheval à deux jambes (écrit par son père), un homme caché parmi les figurants a lancé une bombe sur le plateau. Plusieurs blessés, aucun mort sauf un cheval et un âne.
Personne n'a revendiqué l'attentat.
Depuis 3 ans, Makhmalbaf et sa famille, considéré comme des opposants au régime iranien, n'ont plus le droit d'y travailler.

Plus ça change, plus c'est pareil. Il y a un an et des poussières, j'écrivais ce bout d'édito dans le ICI.

(...) Nous apprenions vers le 26 octobre que l’Iran avait décidé de bannir les films étrangers de ses écrans, notamment ceux de la télévision publique. Sous l’autorité du décidemment de plus en plus sympathique président, Mahmoud Ahmadinejad, le conseil suprême de l’autorité culturelle a donc porté son coup contre la fameuse culture occidentale, si corrompue et si nocive, répudiant en cela tous les efforts du précédent président, Mohammad Khatami pour encourager la coexistence des cultures et le dialogue entre les civilisations, malgré son sens de la censure aiguisé. Au menu du bannissement : l’alcool, les drogues, la violence, la laïcité, les idées féministes, anarchistes, libérales propagées par ces films oppresseurs et bien sûr tout vidéo-club qui osera les offrir. Oups. Ne serait-ce pas l’odieuse odeur des autodafés qui remonte aux narines ? Ou peut-être les relents nauséabonds des fatwas ?

La nouvelle, beaucoup moins sexy que notre guerre des festivals, a attiré peu de regards sur elle. Pourtant, sa profonde dangerosité n’est pas sans rappeler que la culture est bien souvent la première à pâtir des dérives fascistes des États. Et sans être paranoïaque, on serait tenté en ce domaine de croire que rien ne va dans le pire des mondes.

L’accès d’autoritarisme iranien n’est, en effet, pas seul à dénoter un climat dangereux. Ainsi, le jeune cinéaste sri-lankais de 28 ans pour l’instant installé en France, Vimukthi Jayasundara (auteur de ce beau La terre abandonnée présenté au dernier FNC et caméra d’or à Cannes) a, pour sa part, peur de rentrer dans son propre pays. Un haut dignitaire de l’armée, l’amiral Weerasekara l’aurait, en effet, menacé de mort par pendaison pour avoir, dans son film, terni l’image de l’armée, fait l’apologie du terrorisme et travaillé pour le compte de l’étranger. Le courageux distributeur du film l’a alors immédiatement déprogrammé des écrans sri-lankais et d’autres cinéastes, tels Asoka Handagama,Prasanna Vithanage, Sudath Mahadivulwewa, prônant eux aussi la voie d’un pacifisme sans compromis, se sont vus qualifiés publiquement de nouveaux terroristes.

Les temps sont sombres. Alors bien sûr, on préfèrera trouver cela bien lointain et se dire, tranquilles au coin du feu, cela ne peut pas arriver ici. On préfèrera s’endormir sur nos acquis en refusant de voir que la place de la culture dans notre monde s’amenuise comme une peau de chagrin. On préfèrera oublier que ce qui se passe à l’autre bout du monde doit nous concerner en plein pour que nous ne puissions pas dire je ne savais pas.

C’est pourquoi il faut défendre la culture, se manifester pour qu’elle reste vivante, la considérer comme un droit de l’humanité. La responsabilité est bien sûr à partager et n’appartient pas qu’aux États. Car c’est à nous, critiques de lutter au mieux de nos moyens pour ne pas se faire imposer de devenir relais de promotion. À nous, lecteurs, de résister à l’attrait de nous contenter de ces informations culturelles amoindries. À nous, spectateurs, d’exiger plus que ce dont tout le monde parle afin que notre culture ressemble à ce qu’elle mérite d’être. Car on ne s’en rend peut-être pas bien compte, mais au fond, c’est notre liberté qui en dépend.

Comments:
Merci pour cette nouvelle même si elle d'une grande tristesse. On oublie trop souvent que des créateurs risquent leurs vies pour leur art pendant qu'ici on donne toute l'attention aux vedettes d'Hollywood qui ont le courage d'aller visiter des pays pauvres.

Tu as raison il de notre devoir de cinéphile de parler de ses injustices que vivent les créateurs de pays dictatoriaux afin que la culture puisse survivre.
 
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