dimanche, mars 18, 2007

 

Ballon d'or


Par la grâce de ces dvd que je ramène parfois avec moi de voyages en Europe, j'ai vu hier soir Zidane, un portrait du XXIème siècle, présenté notamment au dernier festival de Cannes.

Réalisé par deux artistes, Philippe Parreno et Douglas Gordon, le "documentaire" s'amuse à suivre en temps réel ce héros français qu'est Zidane, restituant les images captées par 17 caméras haute-définition placées autour du terrain et braquées sur le footballeur.

En soi, le match opposant le Real Madrid au Villareal (dans le championnant espagnol, le 23 avril 2005) n'a que peu d'importance. L'homme, oui. Redonnant toute sa valeur humaine au spectacle sportif, le film nous plonge même d'une certaine façon dans l'intimité de ce grand bonhomme réservé qu'est Zidane. Concentration, solitude, raffinement des gestes et des pensées retranscrites en bas de l'écran. L'art qui s'introduit, furtivement, dans le sport et réussit l'incroyable pari de nous faire voir notre monde différement.

Oh, l'hypnotisante musique composée par Mogwai n'y est certainement pas pour rien. Peut-être est-ce aussi Zidane lui-même et sa stature hors du commun qui nous rive à l'écran. Mais le montage du film donnant le sentiment absolu d'être sur le terrain, d'être avec cet homme, faisant de lui un héros parfaitement mythique, est certainement lui aussi au coeur du mécanisme de fascination que le film enclenche.

Par la bêtise de nos préjugés, l'on croit souvent l'art et le foot appartenir à des mondes irréconciliables. Zidane, un portrait du XXIème siècle vient nous prouver le contraire. Pour cette seule raison, il mérite le coup d'oeil.

Pour les chanceux montréalais, le film sera présenté le jeudi 29 mars, à 19h, au cinéma Impérial, gratuitement, ainsi que le dimanche 24 juin, 17h à la Cinémathèque Québécoise (dans le cadre des Rencontres Internationales cinéma et sport de Montréal).

Comments:
On m'a dit que cette façon justement de transformer Zidane en super héros mythique/intouchable/légende rend le résultat-spectacle un peu 'boursouflé' et inconfortable. Le sport en souffrirait un peu, ses coéquipiers aussi. Mais je suis très curieux... quoique absent le 29 mars arrgh.
 
Oui, c'est vrai, le foot lui-même ne se vit qu'à travers Zidane dans le film, et ses coéquipiers n'existent pour ainsi dire pas.
Mais le film annonce ses couleurs, c'est un portrait de Zidane, pas un regard sur le foot. Il serait boulanger qu'on nous le montrerait faire cuire du pain dans tous ses détails.
Evidemment, 1h30 de plans aussi artistiques soient-ils sur les pieds de zidane, les cuisses de zidane, le regard de zidane, le torse de zidane peut à la longue lasser, je le comprends. Mais le résultat reste fascinant, et devient presque comme une carte topologique du corps humain en plein effort. C'est assez beau.
 
«Il serait boulanger qu'on nous le montrerait faire cuire du pain dans tous ses détails.»

Mmmh, pas sûr. Je lisais justement «Le mythe de Staline» cette semaine et si Zidane ne se compare pas du tout à Staline dans la constitution d’un mythe, Bazin traite au passage du phénomène du vedettariat.

«…il s’agit visiblement de l’identification de l’homme Cerdan [on pourrait dire Zidane] à son mythe. […] Le cinéma construit et consacre ici la légende : il transporte définitivement le héros sur l’Olympe. L’opération n’a de chances de réussir que sur les personnages déjà déifiés dans la conscience publique, c’est-à-dire principalement les vedettes, qu’elles soient du sport, du théâtre ou du cinéma. […] Distinguons donc en effet le mythe de la vedette, de la légende glorieuse et instructive qui entoure la mémoire du savant. Mais jusqu’à présent la vie des grands hommes était instructive, pourvu qu’ils fussent morts. On voit qu’en Occident la représentation cinématographique des contemporains vivants n’intéresse qu’une zone que l’on pourrait appeler para et post-historique – soit que le héros appartienne à une mythologie de l’art, du jeu ou de la science, soit que la séquence historique à laquelle il a participé soit considérée comme close».

Dans sa démonstration, Bazin en arrive à la conclusion que dans sa représentation cinématographique «Staline, c’est l’Histoire incarnée». Est-ce que Zidane, c’est le Sport incarné?

J’ai déjà bien de la difficulté à accepter la trop grande place qu’occupe le sport, cet opium du peuple, dans notre société. En ce qui me concerne, notre tendance à déifier les grands sportifs tels des demi-dieux grecs ne représente pas autre chose que notre culte de la performance individuelle. Sans avoir vu le film et en me fiant à ce que j’en ai lu, on dirait que ça ne va pas bien plus loin que ça. Est-ce que je me trompe?
 
Ce serait semble-t-il un exercice beaucoup plus modeste, mais il faudrait voir Substitut de Vikash Dorasso.
 
Ce que je voulais dire Antoine avec ma comparaison boulangère, c'est que les 2 réal. ont plus voulu décortiquer les gestes de Zidane, nous montrer sa concentration, nous plonger dans ce qu'il peut bien ressentir. Après, que ce soit du foot ou autre chose, peu importe. C'est l'homme comme artisan qui les intéresse. La mythologisation de zidane est déjà faite, le film la prend juste comme une donnée du réel, c'est tout. Mais je ne trouve pas que le film fasse de Zidane le sport incarné. Il n'a pas ce genre d'ambition, et heureusement, c'est ce qui fait toute sa saveur artistique.
C'est une expérience, un exercice de style même, mis en musique avec talent, qui essaye à travers un véhicule comme Zidane, de s'approcher d'une sorte de vérité de la nature humaine.

Et oui, moi aussi j'ai bien hâte de voir ce Substitute. Ce sera dans ma prochaine livraison :)
 
Je suis encore réticent, pas tout à fait convaincu, mais ça pique ma curiosité.

Vite comme ça, je dirais que comme expérience en images de muscles et en musique qui permet «de s'approcher d'une sorte de vérité de la nature humaine», je pense tout de suite à Powaqqatsi (qui met en évidence l'aspect social de l'humain), moins à Zidane.


«C'est une expérience, un exercice de style même...». Juste pour confronter les idées, Stéphane Delorme va complètement dans le sens inverse dans son article «Le roi tauto», dans les Cahiers de juin 2006.

«Comment sont-ils? [l’auteur parle aussi de Marie-Antoinette dans l’article] Qu'a-t-on vu? Des dieux, il n'y a rien à voir. Ils sont sans histoire. Et l'on se repaît de ce rien. Cela s'appelle la piété. La tautologie commande ces films-installations où les plans s'équivalent et s'annulent. Naïveté de penser qu'il faut isoler un caractère pour en faire son portrait. Qu'il suffit de le fixer obstinément sous toutes les coutures pour le voir. À Madrid, il n'y a plus rien: ni foot, ni joueurs, ni stade. Le dieu nage impassible dans sa gloire et ne regarde que les projecteurs aveuglants. Faire un portrait, c'eût été au contraire créer une interaction avec un hors champ, et décrire un homme parmi les hommes. Afin que lorsque le joueur pointe du doigt, on voie autre chose que le poster d'une rock-star. Le film reste conceptuel, c'est-à-dire sans expérience».

Substitut, y a-t-il la moindre chance qu’il se rende au Québec? J’ai cherché sur Toorgle et je ne l’ai pas trouvé en .torrent en tout cas.
 
Je saisis l'occasion de ce moment d'accalmie pour vous faire mon auto-promo et vous indiquer que Substitute sera présenté le samedi 23 juin, 17 h, et Zidane, portrait du XXIe siècle, le dimanche 24 juin, 17h, à la CQ dans le cadre des Rencontres internationales cinéma et sport de Montréal. Cette semaine, 22 mars, 18 h 30, nous aurons aussi le programme Mickey et toute la bande, mais ce n'est pas ce que vous pensez... ;-)
 
C'est effectivement Delorme qui m'a parlé des 'problèmes' que posent ce docu.. Faut voir. Il a dit que Substitute est plutôt bien et cette CQ viendra à notre secours, bien bien...

La bande à Mickey... ;)
 
Antoine, Delorme peut bien dire qu'il n'y a pas d'expérience, je ne suis pas d'accord. Certes, certains passages, longuets, nous font le coup de l'apologie déifiante d'une rock-star du foot. C'est vrai. Mais c'est aussi contrebalancé par des moments de grâce, de vraie poésie ou on transcende justement cette impression pour parvenir à une sorte de pureté, de légéreté assez envoûtante.
 
Par la bêtise de nos préjugés, l'on croit souvent l'art et le foot appartenir à des mondes irréconciliables. Zidane, un portrait du XXIème siècle vient nous prouver le contraire. Pour cette seule raison, il mérite le coup d'oeil.

--> Voilà qui a le mérite d'être rectifié.

N'étant pas un fan de Zidane mais grand amateur de foot et de cinéma, je pense que je me laisserais bien tenter par la découverte, ne serait-ce que pour ce portrait capturé en temps réel.
 
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