mercredi, février 28, 2007

 

Une femme au milieu des requins


55. Claude Chabrol a réalisé 55 films. Le chiffre est déjà à lui seul impressionnant. Mais à regarder les perles qui se sont enfilées sur l’écheveau du maître (du Beau Serge à La cérémonie, en passant par Betty ou Violette Nozière), il en devient carrément vertigineux.

Evidemment certains réserveront à ce 55ème opus, L’ivresse du pouvoir, présenté au festival de Berlin 2006, le même œil circonspect que l’on jette parfois aux films de Woody Allen. C’est un Allen, ça reste dans le haut du panier, mais ce n’est pas son meilleur. C’est vrai, L’ivresse du pouvoir n’est pas le meilleur Chabrol. Mais le cantonner au statut d’œuvre mineure dans une cinématographie si foisonnante serait faire erreur. Car L’ivresse sait être douce à ceux qui savent l’apprivoiser.

« Toute ressemblance avec des personnes connues serait, comme on dit, fortuite » nous avertit malicieusement le film dès sa première image. En effet, l’air de ne pas y toucher mais avec une indéfectible roublardise, Chabrol s’attaque cette fois à du gros. Du très gros. L’affaire Elf, ou l’un des plus gros scandales de l’histoire politico-financière française. Mais Chabrol est rusé et c’est par le prisme d’un récit imaginaire, aux noms et aux situations « inventés » qu’il nous invite à toucher du bout du doigt ce véritable nœud de vipères. Détournements de fonds, abus de bien sociaux, comptes truqués, la farandole de malversations est échevelée et c’est avec une impertinence des plus bienvenues que le plus sympathique des cinéastes hexagonaux s’amuse à regarder derrière les lambris vernissés des jolis cabinets ou les lignes épurées des grands bureaux.

Au milieu du bourbier : Isabelle Huppert impériale, bien sûr, en juge d’instruction tiraillée entre son besoin de servir la justice, son ambition et ses soucis conjugaux. Comme toujours chez Chabrol, l’intime, le public, le social et le politique ne font qu’un dans une comédie humaine à la riche profondeur. Oh bien sûr, le sujet demandera peut-être à son spectateur une certaine connaissance des méandres de la politicaillerie judiciaire hexagonale. Bien sûr encore, on pourra regretter une certaine accumulation de personnages parfois caricaturaux. Mais, et c’est bien tout le sel du film, n’importe qui pourra bien se laisser prendre à cette réalisation fluide et lumineuse, à ces dialogues réellement bien fichus, à cette majesté jamais empesée d’une vision du monde absolument passionnante.

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