lundi, décembre 04, 2006

 

ça m'aura pris le temps...

...mais voici un extrait d'une table ronde consacrée au cinéma, publiée à l'occasion des 20 ans du Voir (qui malgré tout ce qu'on dira, a tout de même perdu quelques dents en chemin).


Manon Dumais, chef de section ciné y papote avec les réalisateurs Philippe Falardeau, Karim Hussein et Eric Fourlanty (ancien chef de section de ladite) et comme je suis un tit-peu obsessive, je retiens évidemment ce passage sur la critique


Philippe Falardeau: (...) je trouve qu'on ne donne plus assez d'espace aux critiques pour réfléchir sur les films."

Ni de temps non plus!

P.F.: "Ça prend trois ans pour faire un film, j'aimerais donc qu'un critique prenne plus que deux colonnes et 24 heures pour faire son travail. Je suis partisan d'une critique difficile; je trouve que la critique au Québec n'est pas très dure, car elle n'a pas le temps de faire son métier."

Envers le cinéma québécois ou le cinéma en général?

P.F.: "J'ai un malaise quand je vois des critiques aller faire des junkets à Los Angeles. Pour Congorama, j'ai fait un junket et je m'excusais systématiquement devant chaque journaliste. Des journalistes m'ont avoué que si la tendance se maintenait, ils quitteraient le métier; pourtant, ça ne les dérange pas d'en faire à Los Angeles pour de grosses vedettes. Je ne suis pas Brad Pitt! Je trouve ça inconcevable que l'on fasse des junkets au Québec. Cela dit, c'est hallucinant, la couverture que j'ai eue!"

Ce n'est pas nécessairement plus agréable pour les journalistes d'avoir à travailler dans ces conditions.

Éric Fourlanty: "Moi, je l'ai fait une fois à Los Angeles et je me suis dit: "Plus jamais!""

Karim Hussein: "Pour moi, l'un des pires fléaux liés à la critique, ce sont les "Commentez cet article ou ce film" où les gens chient sur les films sans nécessairement les avoir vus."

É.F.: "Cela dit, la critique québécoise, à moins d'être unanime, a très peu de pouvoir. Lorsqu'elle est partagée, elle n'aura aucune incidence sur le succès d'un film.


Bon. D'abord, à mon humble avis, l'os critique en ce moment ne réside pas vraiment dans un problème de temps ou d'espace. Il y a dans une virgule de Truffaut (époque critique), Bazin, Ciment, Hoberman, Boujut..., plus de sens que dans la majorité des 2 feuillets écrits aujourd'hui. Et l'espace n'y fait rien. Mais P. Falardeau a raison: on ne demande plus aux critiques d'être exigeantes aujourd'hui, on veut qu'elles fassent partie de la game publicitaire entourant la sortie du film, on veut qu'elles soient vendeuses, on veut qu'elles soient efficaces: en fait, si les textes disparaissaient pour que seules subsistent les petites étoiles, je suis certaine que beaucoup y verraient un grand progrès.

Ce qui m'amène à cette dernière remarque sur le pouvoir de la critique: dans le fond est-ce bien important de se poser la question? Une critique, selon moi, ne doit pas s'écrire en fonction d'un objectif utilitaire quelconque (vais-je ou ne vais-je pas bien vendre le film?), c'est bien trop triste. Une critique s'écrit pour défendre une idée de cinéma, au plus avec l'idée de ne pas trop emmerder son lecteur. C'est gratuit, ça ne vise rien et c'est bien ce qui est beau.

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