vendredi, novembre 03, 2006

 

La tour, prends garde

Théorie des reliefs
Troisième prise pour Alejandro González Inárritu, prix de la mise en scène à Cannes, mais la recette s’essouffle.

Une maille à l’endroit : un couple d’Américains en pleine crise conjugale est en vacances au Maroc. Madame se prend une balle perdue dans le cou. Une maille à l’envers : une Mexicaine garde les enfants dudit couple à Los Angeles mais veut aller au mariage de son fils au Mexique. Une maille à l’endroit : une japonaise sourde et muette verse dans la rébellion soft pour échapper à son climat familial délétère.

Et voilà où le grand tricot de l’humanité signé Alejandro González Inárritu et son fidèle scénariste Guillermo Arriaga s’arrête. Ne nous méprenons pas : Amores Perros et 21 Grams, deux premiers opus du cinéaste déjà bâtis sur des enchevêtrements narratifs singuliers, avaient cette grâce de savoir tisser des liens organiques et intimes entre leurs récits, naviguant au gré de l’un ou de l’autre dans une mise en scène, certes démiurge, obsédée par la mort, mais également nerveuse et intelligente. Mais voilà, tout homme qui a du pouvoir tend toujours à en abuser, disait Montesquieu. Tout cinéaste pratiquant l’omniscience en fait visiblement de même.

Supervisant son ambitieux récit tricontinental avec la souplesse d’une barre de fer, Alejandro González Inárritu a donc désormais assumé pleinement la puissance que conférait le statut de cinéaste. Même Scorsese paraît plus spontané. Liens à la limite de l’artificiel, définitivement trop placés aux endroits stratégiques de sa construction par un montage exaspérant de contrôle, suspense arrangé, acteurs en quasi-roue libre et interprétations froides (seule Adriana Barraza semble encore saisir l’absolue nécessité de faire vivre un personnage hors des lignes – téléphonées- écrites par le cinéaste), Babel ne parvient donc jamais à réellement exister comme objet-film, tendant beaucoup plus nettement vers l’exercice de son style.

Un exercice de style délibérément pensé en fonction d’une « théorie des reliefs » en soi peu déplaisante. Qu’arrive-t-il lorsque la longue route tranquille de la vie se cabosse? Qu’arrive-t-il quand la ligne des habitudes se brise? Au fond, que faire des accidents? Mais ces aléas, ces respirations, ces reliefs n’existent qu’en théorie dans Babel qui ne parvient jamais à vraiment prendre son ampleur, sa respiration entravée par une sorte de hoquet étouffant.

Sauf peut-être dans le travail sur le son (oublions un instant l’infâme coloration musicale pour évoquer le son, lui-même). Alejandro González Inárritu l’a déjà montré (21 Grams, ou dans son court-métrage de l’anthologie 11-09-01), sa maîtrise de l’environnement sonore est exceptionnelle. Racontant ici bien plus que le récit lui-même, faisant véritablement exister les images en les faisant vibrer d’une résonance nouvelle, le son s’y fait en effet rocailleux dans le désert, strident dans le silence, lourd dans l’air. Texturé, riche, subtil, étant comme justement en relief, il est le véritable cœur de Babel. Si beaucoup professent la mort de l’image, assaillie de toute part par ses dérivés télévisuels et de jeux vidéos, ce film (comme l’avait également professé le Eraserhead de Lynch) leur apporte peut-être la réponse la plus inusitée : la solution est dans le son.

Comments:
Ta critique détonne dans le concert d'éloges.
J'ai hâte de voir pour comparer.
Perso, j'ai préféré "Amores Perros" à "21 Grams" mais il faudrait que je revois ce dernier.
 
J'irai voir Babel. Mais je seconde Helen: ce BORAT est fort probablement la chose la plus drôle depuis des lunes. Rire à en avoir mal au ventre, rire jaune aussi. Un grand film sur la xénophobie. Et rarement a-t-on vu acteur aussi génial, qui jamais ne sort des balises de son personnage. Courez-y comme dirait un chroniqueur culturel.
 
Vu BABEL, adoré, un très beau film, l'un des meilleurs de l'année peut-être.

J'irai voir BORAT denis, je vais courrir... quand j'aurai le temps !

Combien de films sont-ils sortis en 2006 ?
 
Je n'ai pas eu la chance de voir Borat, mais, après avoir lu des pages et des pages sur ce film, une chose me chicote et personne n'y a encore répondu : pourquoi le Kazakhstan ? Qu'est-ce qui, dans l'imaginaire occidental, justifie que le personnage de Borat soit kazakh, et non néo-zélandais, slovène, uruguayen ou luxembourgeois ? En fait, pour aller casser la gueule à une certaine Amérique, pourquoi se servir du Kazakhstan comme marche-pied ? Quelqu'un a-t-il une idée ? Le film répond-t-il à ces questions ?
 
Marco, il semble évident que le choix du Kazakhstan est relié à la totale méconnaissance de ce pays par les Occidentaux. Peut-on même en nommer la capitale?

Comme la démarche de Borat travaille sur la xénophobie, il lui fallait p-ê choisir un truc obscur mais pas trop, avec un minimum de repères et d'éléments pour permettre à l'ignorant (et un peu aux autres) d'allez ressasser ses vieilles idées reçues sur l'ex-URSS ou Europe l'Est. Ça marche, ça marche. La Nouvelle-Zélande ne marcherait pas plus que Vanuatu. Le Kazahkstan est une sorte de milieu qui fait un beau pont entre les clichés et l'inconnu.

D'accord, c'est archiscato, d'un antisémitisme si gros qu'on n'y prête (presque) aucune méchanceté, politically very incorrect, ce ni super intelligent ni parfaitement inédit mais que c'est drôle! Et quel performeur! Youtube est rempli de clips de Borat pour les curieux.

Et pour la petite Histoire... le gouvernement a récemment imprimé des milliers de billets de banque avec... une FAUTE D'ORTHOGRAPHE sur les billets.. qui sont restés en circulation!! Borat doit s'en gratter la moustache.
 
...le gouvernement kazhak
 
Et Sacha Baron Cohen reprendra son personnage de gay autrichien, Bruno, dans son prochain film. C'est étonnant cette fixation sur les stéréotypes culturels. M'enfin, j'arrête la discussion ici, faute d'avoir vu le film.
 
Effectivement, que ce soit Borat le cliché kazahk, Bruno le reporter gai autrichien ou Ali G le hip-hop dude de banlieue british, le mec travaille sur des clichés si gros qu'il touche ses cibles et les plus grands dénominateurs communs comiques... Pourquoi? Parce que dans tous cliché il y a une part de vérité comme on dit? À méditer!
 
C'est vrai, Borat aurait pu jeter son dévolu sur n'importe quelle autre nation que la kazakhe. Sauf que l'idée est tout de même maligne puisque ce faisant, il met aussi en évidence la profonde condescendance de l'Amérique pour ces ex-républiques soviétiques dont on ne sait finalement que très peu de choses. Il aurait pu choisir, c'est vrai, la Géorgie, l'Ukraine voir même la Pologne, les résultats auraient sûrement été les mêmes (ce mélange clichés-inconnu dont parle Denis). Pourquoi précisément le Kazakhstan? Ca, je ne sais pas. Par contre, une chose est certaine, l'effet comique est bel et bien là!
 
Les scènes au Kazakhstan sont tournées dans la Transylvanie roumaine et je peux vous assurer, pour avoir traverser le coin en promenade y a une vingtaine de mois, cliché ou pas clichés, Borat n'invente aucunement ce village tout droit sorti du Moyen-Âge. C'est malheureusement identique. De là à savoir si on y baise sa soeur ou s'il s'agit du repère de Boltok le violeur... je ne saurais dire. Allez-y voir!
 
Parlant de Roumanie, si vous avez la chance de voir "12:08 à l'est de Bucharest",(caméra d'or Cannes) allez-y.

Comédie aigre-douce vue au FNC, je m'en tenais les côtes, j'espère qu'il sera distribué ici.
 
Surévalué, prévisible mais néanmoins lyrique est cette oeuvre. Un peu comme Crash de Paul Higgins on a tendance à crier au génie un peu trop vite dans le cas de Babel. Le film ne marque pas particulièrement comme Amores perros et le fil de l'histoire est extrêmement mince et c'est un euphémisme. Bref, un bon film pour snober la plèbe ou pèter de la broue sur le Plateau Mont-Royal !
 
Merci Jeff, je commençais à me sentir un peu seule :)
 
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