vendredi, octobre 20, 2006

 

Sa Majesté


Je sais, je sais, le FNC bat son plein, mais comme ça fait belle lurette que je n'ai pas écrit, et que j'avais ça à me mettre sous la dent dans l'immédiat, voici....

Dignity, always dignity.
Avec The Queen, Stephen Frears se met au service secret de sa majesté et en brosse un délicieux portrait en demi-teintes.

Est-il aujourd’hui encore un personnage plus mythique que la reine? Tellement obsolète, cette institution qu’elle représente. Tellement vieillotte. Et pourtant, tellement présente, tellement indétrônable, tellement fantasmée.
Et comme l’époque le veut, voilà que Frears, grand impertinent devant l’éternel, nous convie à un voyage sous les jupons – ou plutôt sous la robe de chambre en pilou rose - de la royauté. Est-ce l’époque qui veut ça? Est-ce l’enjeu des nouvelles histoires? Nous donner accès à ce qui, d’ordinaire, reste bien niché dans l’alcôve des chambres à coucher. Le secret, les coulisses sont, on le dirait, devenus des concepts bien élastiques.
C’est d'ailleurs tout l’enjeu de The Queen scrutant à la loupe la réaction, en août 1997, de la famille royale britannique au décès de leur vilain petit canard, princesse du peuple pour les uns, véritable emmerdeuse pour les autres : Lady Di. La reine, peu férue de son ex-bru, refuse de donner à l’oie blanche des funérailles publiques et s’enferme, avec sa famille, dans un mutisme borné, protégé par les hauts murs millénaires du château de Balmoral, au prétexte que la dignité que son rang lui impose suppose le silence. Mais pendant ce temps, le peuple gronde. Est-ce une révolte, sire? Non, c’est la révolution.
Sous la pression populaire et aiguillonnée par le jeune et fringant Premier Ministre (parfait Michael Sheen), la reine cèdera finalement. Et voilà l’exact spectacle auquel nous convie The Queen qui se dessine: celui du choc des générations. Sur le ring, à notre droite, ceux qui ont vécu la guerre et pour qui les larmes ne se versent pas au premier coup de cœur: never explain, never complain. À notre gauche, les jeunes générations avides d’émotions dont ils se repaissent comme de braves moutons. À l'arbitrage, un Tony Blair tant soucieux de sa crédibilité médiatique que de sa côte auprès de la souveraine.
Mis en scène avec une certaine aisance, mais sans réel coup d’éclat, usant d’images d’archives assez dignes, The Queen est avant tout un film de dialogues et de personnages. Formidable Helen Mirren, bien sûr, prix d’interprétation à Venise, qui se fond dans Elisabeth II avec une fluidité déconcertante, mais aussi un troupeau de comédiens anglais dans les bouches desquels l’ironie des mots de Frears prend un sens d’autant plus délectable. De phrases assassines (le lapidaire "elle nous emmerde encore plus morte que vivante") en tirades diablement bien construites par lesquelles chacun en prend pour son grade, le film avance alors à petit pas pour nous rappeler que, comme un saule, et malgré tout ce qu’on trouvera à y redire, la royauté a beau plier, elle ne rompra jamais.

Comments:
Merci pour cette critique qui me convainc davantage d'aller voir ce film et ainsi combler mon appétit secret de royauté ;)
 
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