lundi, septembre 25, 2006

 

pffffffhhhhhhh

Alors comme ça, ce qu'il y a de plus déprimant dans le cinéma québécois, ce sont les films qui se "cachent sous l’étiquette film d’auteurs mais ne sont en fait que des films plates"? C’est du moins la réflexion sidérante d’intelligence qu'a lancé Patrice Robitaille hier lors de Tout le Monde en parle. Puisqu’il est devenu de bon ton de commenter cette grand messe dominicale le lundi, et puisque personne ne semble avoir relevé les propos hallucinants tenus par le réalisateur et l’acteur de Cheech à propos du cinéma, je m’autorise à en faire mention (pis de toutes façons, je suis sur mon blogue, je fais ce que je veux!)

Il y a d’abord eu la volée de bois vert qu’a mangé le critique du Soleil, Normand Provencher. Dixit Robitaille, son papier était un "torchon". Bon, on a déjà vu plus subtil comme commentaire. Mais l'acteur ne s'est énervé que contre M. Provencher. Les autres "allaient encore" puisque Robitaille sentait qu’il aurait pu aller prendre une bière avec eux et argumenter. Mais pourquoi diable ne l’a-t-il pas fait lors de l’émission? Pas un mot n’a en effet été prononcé pour défendre Cheech, pas un argument avancé, pas même une ébauche d’idée. Mieux vaut y aller de formules expéditives (c’est plate, c’est un torchon) au moins ça amuse la galerie et c’est pour d'ailleurs pour ça qu’on les invite.

Les invités cinéma à Tout le monde en parle semblent en effet être mis là pour ça : faire des galipettes qui feront de l'audience. Pour défendre le cinéma, en parler un peu plus en profondeur (je ne demande pas un débat sur l'usage récurrent du zoom dans le cinéma des années 90, mais un peu plus que "ça te fait quoi quand tu lis une critique" me réconforterait le ciboulot), ce n'est pas ici que ça se passe. Car quand a-t-on vraiment parlé de film dans ce show? Quand les considérations ont-elles dépassé le simple et bête cadre du commentaire insignifiant sur l’actualité? Quand nous a-t-on appris quelque chose sur le cinéma (rappelez-vous du pauvre Robert Morin à qui l'on avait foutu une caméra dans les pattes et dont ce fût grosso modo la seule intervention)?
Alors bien sûr, on me dira, que le cinéma et la télé ont rarement fait bon ménage. On me dira aussi que c’est une émission populaire et qu'on est là pour s’amuser. Et bien d’accord, amusons-nous, laissons dire des niaiseries aux gens qui ont l'incroyable privilège d'avoir accès à la parole publique et surtout ne nous emmerdons pas à considérer le cinéma comme un art, c’est bien trop fatiguant. Continuons ainsi sans jamais se soucier d'éveiller la sensibilité cinématographique de quiconque. Pourquoi faire?

Le fait que personne ne soit venu à la rescousse du réalisateur Patrice Sauvé cherchant le nom du réalisateur du Goût de la cerise (Kiarostami mon bon ami) était tout aussi affligeant. Presque autant que le commentaire de Sauvé, d'ailleurs: "ce film était tellement plate que ça m’enrage qu’il ait eu la palme d’or". Là aussi, pour un argument, pour savoir pourquoi ce film était plate, faudra repasser un autre dimanche, hier, les cerveaux étaient fermés.

Il y a quelque chose de décourageant à voir à quel point le cinéma n’est pas pris au sérieux au Québec. Il y a quelque chose de triste à sentir que seul le divertissement compte. Il y a quelque chose de profondément déprimant à songer à cet immense abysse dans lequel la culture cinématographique semble s’être perdue.
Les commentaires d’hier soir, le fait que personne ne s’en indigne, n'en sont qu'un des tristes symptômes.

Comments:
Ça ne m'a pas échappé non plus. C'est devenu répandu de dire que c'est assomant, emmerdant et plate le cinéma d'auteur (versus les Camping sauvage et cie?), le cinéma de poète, sans jamais donner d'exemple et surtout, comme tu dis, sans jamais expliquer en quoi.

J'ai aussi trouvé étrange que la critique du Soleil soit publiée le 9 septembre? Le film sort en salles le 7 octobre! Et en effet, c'est pas loin du torchon, mais ça c'est une autre histoire.
 
je ne regarde jamais Tout le monde en parle parce que j'ai d'autres engagements le dimanche soir. Mais même si j'étais libre, je ne le ferais pas. Je déteste amèrement cette émission.

Quand j'entend des commentaires de la sorte de la part de réalisateurs, je regrette la mort de Lauzon. Lui, au moins, il défendait le Septième Art !
 
Apocalypse Now...

La cinéphilie meurt doucement au Québec, parce que Radio-Canada ne fait plus sa job, parce qu'il n'y a plus vraiment de critiques sérieux dans les médias (je m'ennuie des Serge Dussault et Robert-Claude Bérubé).

Qui va réagir?
 
Robitaille et Sauvé n'ont jamais dit que c'est "assomant, emmerdant et plate le cinéma d'auteur". Ils ont dit qu'il arrive à certains réalisateurs de se servir de l'étiquette de "film d'auteur" pour justifier des films plates.

Moi je trouve rafraichissant qu'un réalisateur ou un acteur, au lieu de prétendre aimer un film pour se donner bonne figure, y aille d'un commentaire complètement honnête. Ça fait du bien, c'est rarement vu.

Mon commentaire vaut probablement bien peu à vos yeux. Je ne fait pas parti de votre élite cinéphile, je ne suis qu'un minable amateur qui ose s'intéresser à tous les films, même les plus léger.

Mais croyez-moi, ça fait du bien de revenir sur le plancher des vaches de temps à autre, ça donne de la perspective.
 
Bon, ce n'était peut-être pas clair puisqu'il s'agit seulement d'un bref commentaire peu explicatif -pourtant j'avais utilisé le mot «répandu»-, ainsi donc je généralisais et je paraphrasais en parlant d'«assomant, emmerdant et plate». Je décrivais un état d'esprit perceptible dans les médias.

J'aurais aussi pu parler d'un autre état d'esprit, celui de vouloir niveler par le bas, de dire que tous les films se valent et que de déguster un Coke et un Gewurztraminer, au bout du compte, c'est la même chose puisque ce sont deux boissons.

Si «cinéma d'auteur» ne suffit pas à justifier la platitude d'un film de la part d'un réalisateur ou d'un admirateur, il ne suffit pas non plus comme argument pour le détester. Le problème en est un d'argumentation. C'est une chose de dire qu'on aime ou qu'on déteste, c'en est une autre d'expliquer pourquoi. Le critique du Soleil, Sauvé et Robitaille sont coupables d'avoir lancé des opinions sans fondements. C'était un «commentaire complètement honnête» de la part de Sauvé, oui, mais ça ne nous dit pas pourquoi il a trouvé le film plate.

«Je ne fait pas parti de votre élite cinéphile, je ne suis qu'un minable amateur qui ose s'intéresser à tous les films, même les plus léger.» Qu'est-ce que c'est l'élite cinéphile? Faut-il être amateur pour s'intéresser aux films légers?
 
je ne pige pas cette idée que l'opinion de masse n'intéresse pas les cinéphiles.
 
Ah, ah, du débat! Yes!

Bon, cher MSK, d'abord bienvenue. Ensuite, je tiens à la dire, pour moi, les films ne se divisent pas entre auteur et léger! Ils sont bons ou pas. Point
Un exemple très bête: Tarantino pour moi est un auteur dans un excellent sens du terme: il fait partager sa vision du monde, sa sensibilité au plus grand nombre. Etre populaire n'est pas une insulte!

Par contre, j'ai beaucoup moins de respect pour les réalisateurs cyniques, pour les faiseurs manipulateurs à la Besson qui voient les films comme des recettes bêtes et méchantes à appliquer.
Ceci étant dit, pour l'instant mon meilleur film de l'année est Borat: si tu le vois bientôt, tu verras qu'il n'y a pas grand chose d'élitiste là-dedans!

Et pour paraphraser Antoine, oui, tout n'est qu'une question d'argumentation: porter des jugements de valeur est somme toute assez facile. Expliquer pourquoi une oeuvre nous fait battre le coeur, nous fait rire, nous fait vibrer, moi ça me touche.

Je crois que sous mon post se cachait une véritable frustration: qu'il n'y ait pas d'espace, ni à la télé, ni à
la radio (sauf universitaire) où l'on cause vraiment de cinéma, où les opinions s'affrontent, où l'on prend le temps de dépasser un peu la simple plogue.

Quant aux films légers comme tu dis, laisses-moi t'en conseiller un vu en dvd récemment: Benchwarmers avec John Lovitz et le type de Napoleon Dynamite. C'est tellement niaiseux, j'en avais la mâchoire crispée à force de pouffer.
 
Le post d'Helen soulève également un autre problème, la peur de paraître intellectuel chez les figures publiques.

Dans le domaine des médias, il est courrant de se moquer d'oeuvres artistiques un peu plus relevées en affirmant qu'elles ne sont finalement pas si bonne que ça. Cela dit, l'inverse arrive très rarement. Si l'on peut avouer à Tout le monde en parle que Le goût de la cerise est une atrocité, ça passe, mais dire que personne n'a jamais été capable d'atteindre le génie de Tolstoï, ça ne se fait pas. On pourrait passer pour le membre d'une élite qui ne comprend pas le petit peuple.

On peut « blaster » Godard et Rohmer, mais s'en prendre au Petit Monde de Sophie Paquin, c'est interdit.

Je trouve ça personnellement déplorable. Pas qu'il ne faut parler que des grands, mais il n'y a pas de honte à le faire.
 
Moi il y a une chose que je trouve étrange: c'est l'importance que nous avons tendance à donner à cette émission de télévision. La vérité c'est que sa qualité est extrèmement variable. La plupart du temps, pour 10 min de pertinent, il faut se taper 1h d'insipidités. Et parfois (plus rarement) c'est l'inverse.

Mais une chose est certaine: rien de ce qui s'y dit est vrai ou faux dans l'absolu: ce sont des opinions qui n'engagent que leur auteur. Pourquoi toujours grimper dans les rideaux? Pourquoi analyser et décortiquer des propos pour la plupart spontanés, souvent en réaction à des questions et commentaires.

C'est normal qu'il se dise des âneries en ondes. Ce qui vraiment dommage, tragique même, c'est que ce soit "Tout le monde en parle" que tout le monde écoute et pas disons, "Il va y avoir du sport" qui a le grand mérite de donner la parole à des gens qui ont une réelle opinion informée sur le sujet.
 
Elle est mignonne la mouffette sur la photo, brave petite bête :)

Avec le "Pffffhhh" qui l'accompagne, on peut facilement imaginer un gaz aveuglant ou un jet du diable...Parfait exemple animalier du piège absolu. Inoffensif, petit et sans défense de prime abord, mais ô combien redoutable pour repousser l'adversaire.
(...)

Je n'ai pas regardé l'émission provoquant ce débat,mais si je revendique le droit de dire des niaiseries moi-même, il faut savoir s'expliquer et se raviser s'il le faut. Perso, j'en veux plus aux animateurs qu'aux invités, qui font tout pour rabaisser le niveau on dirait, par leurs questions et gags poches.

Émission très inégale en effet; sur deux heures, environ 20 à 30 minutes d'intéressantes. Le hic, c'est qu'il faut se les farcir(Lepage et Turcotte) pendant deux heures sans savoir où seront ces foutues 20-30 minutes,l'ordre de présentation des invité(e)s étant inconnu dans le but évident d'éviter le zapping.

L'inculture et l'insignifiance de Turcotte qui rit chacun de ses gags,la suffisance de Lepage, et l'inutilité de Diane qui tire les chaises et sert la vinasse:)
Me demande combien elle touche pour ce job épuisant.

Les termes "cinéma d'auteur" et "populaire" m'apparaissent franchement galvaudés.Le cinéma "populaire" peut faire réfléchir et l'autre peut endormir,l'inverse est aussi vrai.
Il y a les bons,les moyens et les mauvais films, tous genres confondus.
Quelle est la différence entre Dieu et Guy A Lepage?
Dieu ne se prend pas pour Guy A Lepage ;)
 
Euh...c'est un blaireau...:)
 
Le goût de la cerise ou Cheech.. Le goût de la cerise ou Cheech... Le goût de la cerise ou Cheech.. mm... Le goût de la cerise ou Cheech... mmm... Dur à dire.
 
http://www.ledevoir.com/2006/09/29/119336.html
 
André Habib est mon héros.

J'veux que tout le monde le sache.

Bon article en passant !
 
Merci Denis pour ce texte qui éclaire l'affaire.
Si j'étais prof,je ferais visionner "Le goût de la cerise" dabord, ensuite "Cheech".Forum discussion, puis l'entrevue de l'émission sur vidéo,verrais les réactions et lirais le texte d'André Habib une ou deux fois, pour être certain que ça "rentre" dans le crâne.
De cette façon, le professeur saurait à qui il a affaire comme groupe d'étudiant(e)s.
 
À vous tous, je veux vraiment vous conseiller une petite perle au prochain FNC: 12:08 à l'est de Bucarest. C'est absolument savoureux, ça vire au Monty Python vers la fin. Sorte de comédie sur la mémoire et ses défaillances collectives. Vous devez voir. Caméra d'Or Cannes 2006, un peu 'platte' probablement pour certains mais bon...

En passant, c'est bien le blogue du ICI-Canoe: c'est dynamique, c'est lu, c'est influent... Un commentaire en 12-15 jours d'activités. On voit pas ça partout.
 
Ouais le blogue-plogue du ICI, j'ai publié à Mickey et Thibeault, et le lendemain j'avions disparu...
Mal foutu en plus,pas moyen de voir les commentaires laissés à moins que l'on me renseigne sur le labyrinthe à suivre.Plus compliqué,tu envoies par courrier recommandé,tu téléphones tu fax et t'envoies une fusée. 15 jours d'opération et c'est nul à chier. Vive internet et la convergence version Québécor.
 
Ln,

T'es dont ben plate à être sérieuse... C'est tellement out de s'intéresser sérieusement à quoi que ce soit. So premier degré.

Ces émissions sont des machines à générer de la futilité. Futile politique, futile littérature, futile futile futile. De mon point de vue, vous avez de la chance que ce soit pas cette queue sur pattes d'Ardisson qui présente.

BiZous
 
Marianne??? Pas ma Marianne expatriée quand même????
 
Si, c'est moi. Cue musique à violons multiples. Bé oui poulette, je prends des nouvelles du cinoche quebs et de toi en lisant ce merveilleux blogue.
 
Je suis épatée...et après quelques larmes zémues, je te dirai, Marianne, que ce retour très très moderne me remplit de joie!
Alors, bienvenue par ici.
 
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