jeudi, juillet 27, 2006

 

Police!


Le petit Lieutenant : Xavier Beauvois, Nathalie Baye, un commissariat et du grand cinéma.

Que faut-il pour réussir un film qui pénètre à chaque minute les pores de la peau de ses spectateurs, qui suinte une ambiance noire sans pourtant ne perdre personne au détour de son cheminement ? Que faut-il pour réussir l’étrange mariage du polar et de la chronique existentielle ? Oui, que faut-il ? À en regarder Le petit Lieutenant, quatrième long de Xavier Beauvois (N’oublie pas que tu vas mourir), les réponses paraissent si simples…

Et pourtant, il en aura fallu du sang, de la sueur et des larmes à ce cinéaste pour réussir ce portrait de Caroline Vaudieu, commandant de la deuxième division de la Police Judiciaire, ancienne alcoolique et mère endeuillée, confrontée à Antoine, un jeune lieutenant idéaliste (Jalil Lespert) tout frais débarqué de sa province. Il lui en aura fallu des mois passés à s’immerger dans les commissariats d’arrondissements parisiens, à voir la vie en vrai, à s’imprégner des odeurs, des lieux, des mouvements. Il lui en aura fallu du courage, aussi, pour parler de ses propres désenchantements qu’il pensait pouvoir noyer dans l’alcool.

Son actrice, Nathalie Baye, qui le retrouve pour une seconde fois après Selon Matthieu et rencontrée au dernier Festival du Film de l’Outaouais, confirme : « Xavier est très intelligent et il a la simplicité des gens très intelligents. Mais surtout il est tellement sincère. Il y a beaucoup de lui dans ce rôle, ce problème avec l’alcool et il m’a vraiment nourrie. Mais il a aussi été ce jeune lieutenant qui débarque de province en rêvant de cinéma comme le lieutenant rêve de beaux crimes. Il s’est vraiment raconté à travers les deux rôles et sa sincérité est payante. »

Une sincérité qui affleure en effet dans chaque plan de ce Petit Lieutenant où rien ne sent le trafiqué. Réalisme des grands jours, acteurs non-professionnels, éclairage simplissime, parfois cru, approche documentaire, absence de musique. Mais aussi ampleur du regard, usage du polar pour mieux dire le monde, plongée dans le noir pour s’humaniser la rétine. Tiens, ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?

Mais oui. Le grand Pialat. « Le cinéma de Beauvois n’est pas du tout intellectuel, ce n’est pas une prise d’otage. Tout est assez simple. Ces gens sont des gens simples avec des émotions simples. Moi qui ai tourné avec Pialat (La gueule ouverte), je trouve que Beauvois est peut-être, dans les jeunes cinéastes, celui qui s’en rapproche le plus. Il n’y a pas d’esbroufe, il y a une vérité absolue, sans effets spectaculaires et il reste dans l’émotion » de renchérir la Baye.

Grande Baye, foutrement émouvante Baye, à peine maquillée, chancelante mais mise en valeur comme jamais par un cinéaste au sens du cadre aussi sobre que précis. Baye qui habite cette Caroline avec les nuances et la simplicité des grands moments de cinéma. Ce n’est que justice, ce rôle lui a valu son 4ème César. Une récompense que son seul regard final à la caméra aurait suffit à lui mériter. Un de ces derniers plans rares, précieux, comme l’on n’en voit qu’au cinéma, où toutes les promesses du film viennent s’abîmer dans un douloureux mais somptueux point d’interrogation.

Etonnant de voir un homme filmer une femme comme ça, d’avoir su décrire ce mélange de force et de fragilité, d’attention maternelle et d’autorité, d’héroïne et d’épave. D’autant plus étonnant, en fait, que le rôle était au départ écrit pour un homme. « Je crois, et c’est un avis très personnel, que le fait de l’avoir donné à une femme donne peut-être au rôle une dimension émotionnelle plus forte. En tout cas, c’était un magnifique personnage de cinéma à jouer. Dense, passionnée, romanesque, désenchantée, perpétuellement au bord de la chute, pleine de contradictions. Il y avait tout à jouer avec elle ».

Et pour nous, il y aura également tout à voir dans ce Petit Lieutenant. Apre et intimiste, rugueux sans oublier d’être lumineux, dialogué à la perfection avec cet entraînant sens de la gouaille impertinente, rigoureux sans jamais oublier son public, le film s’amuse également à prendre à rebrousse-poil toutes ces ennuyeux clichés de représentation policière en nous rappelant que non, flic, ce n’est pas comme dans les films. Ni misérabiliste, ni héroïsant, mais plutôt solide, mature et passionnant, ce film donne envie de croire Baye quand elle affirme :
«Xavier Beauvois touche absolument la vérité en étant d’une justesse totale. À une époque où les films débordent d’effets spéciaux, lui avec des moyens simples, il vous procure des émotions.. Je trouve que c’est un des meilleurs cinéastes de sa génération »

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