vendredi, avril 28, 2006

 

UNITED 93



United 93, de Paul Greengrass, est sans nul doute, le film dont il faut parler cette semaine. Un film exutoire, choc, prématuré? En tout cas, un film dont la prétention n'est autre que la reconstitution. Méfiez-vous de la bande-annonce servie à une sauce qui ne rend pas justice au film.

Les passagers de l’enfer
United 93 reconstitue le drame du 11 septembre. Attention : film–choc.

Le 11 septembre 2001, à 8h47, le vol d’United Airlines 93 décollait de Newark pour San Francisco après un retard de 45 minutes. Quelques minutes après son décollage, un premier avion percutait une des tours du World Trade Center. À 10h03, le vol 93 s’écrasait en Pennsylvanie, avant d’avoir pu atteindre la cible fixée par les terroristes d’Al Qaeda : la Maison-Blanche.
Comment filmer l’horreur ? Pourquoi vouloir mettre des sons et des images sur ce qui, aujourd’hui encore, reste inimaginable ? Peut-on utiliser le cinéma comme exutoire aux événements du 11 septembre ? Ces questions, Paul Greengrass a certainement dû se les poser. Sa réponse, extrêmement sobre et respectueuse, s’appelle United 93. Et comme le chaos, elle terrifie.
Avouons-le, la façon dont les États-Unis allaient s’approprier cinématographiquement le drame était inquiétante. Nourrissant une curiosité malsaine, morbides, voyeuristes, les deux téléfilms présentés sur le câble (Flight 93 et The Flight That Fought Back) avaient d’ailleurs déjà sérieusement alarmé. Mais Paul Greengrass le rappelle, comme l’avaient fait les 11 réalisateurs ayant réunis leurs courts-métrages sur le sujet dans 11’09’11 : parfois, il faut faire confiance aux cinéastes.
Greengrass, un ancien documentariste de la BBC, a en effet déjà tâté de la reconstitution historique intelligente et troublante en relatant le massacre de Derry de 1972 en Irlande du Nord. Le film s’appelait Bloody Sunday et le cinéaste y affinait un style saccadé, à l’épaule, proche du documentaire, aussi humain que prenant. C’est avec le même humanisme dur qu’il aborde aujourd’hui le 11 septembre. Urgent, viscéral, douloureux, United 93 présente ainsi sa vision en temps quasi-réel de ce qu’a pu être le drame tant à l’intérieur de l’avion 93 que dans les différents centres de contrôle aérien de New York, Boston ou Cleveland et au centre de commandement militaire du Northeast Air Defense Sector.
Refusant de stigmatiser les terroristes ou d’héroïser à outrance les passagers qui semblent d’avantage mus par leur instinct de survie que par un quelconque patriotisme (une bonne partie des scènes du film ont d’ailleurs été improvisées), United 93 tire alors sa force de sa mise en scène tourmentée, mais jamais désordonnée, profondément traumatisante, qui refuse avec une pertinence absolue de tomber dans les pièges odieux d’une violence chorégraphiée ou d’un cauchemar mielleux et bien-pensant.
Basé sur des entrevues avec les familles des victimes, des membres de la commission d’enquête, des militaires et des contrôleurs aériens (dont certains rejouent leur rôle dans le film, parlez d’un exutoire) ainsi que sur les enregistrements de coups de téléphone passés à bord et des discussions dans le cockpit, United 93 jouait pourtant sur un terrain dangereux : celui de la mémoire. Mais le film, bien loin de se vautrer dans une mare complaisante, préfère en fait sortir la carte de l’observation méticuleuse des faits et semble, même, fait oh combien angoissant, découvrir les événements au rythme même où il nous les dévoile.
Des réactions des passagers et de l’équipage aux minutes précédant l’embarquement, des informations reçues par les centres de contrôle à la panique palpable des dirigeants militaires, des interprétations troublantes de sincérité d’acteurs inconnus à l’intensité dramatique n’usant d’aucun artifice, chaque image d’United 93 semble en effet empreinte d’un louable souci de vérité. Bien sûr, cette vérité n’est et ne restera que celle de Paul Greengrass. Mais quand un cinéaste réussit ce tour de force d’évoquer un tel traumatisme avec tant de solennité pesante, avec tant de simple respect, sa vérité est certainement bonne à dire.
Helen Faradji

Comments:
Allah he Akbar!
 
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