mercredi, avril 26, 2006

 


Un petit cadeau de bienvenue, comme ça, pour vous. C'est gratuit, ça ne mange pas de pain et ça vous remonte le moral direct.
Et pourquoi faudrait-il se remonter le moral allez-vous demander dans un accès de sagesse qui vous est propre? Je ne sais pas pour vous, mais moi, je dois me le remonter tout simplement parce que jeudi 27 avril est paru dans le ICI mon dernier édito, cette chronique d'opinion que je tenais depuis un an et dans laquelle j'avais, je dois l'avouer, mes aises.
Certains de vous l'auront peut-être déjà lue, d'autres pas. Je la joins en tout cas et précise, si celà n'était pas clair, que quitter cette chronique n'était absolument pas ma décision. Un jour, si vous êtes gentils, je vous raconterai toute l'histoire.
Bonne fin de journée et au plaisir


Good Night, and Good Luck.

Qu’écrire dans une dernière chronique ? De gentils conseillers me l’ont soufflé à l’oreille : sois honnête, dis la vérité. Et bien, chers vous, la vérité est là, tout nue : je suis triste.
Triste de devoir quitter ce petit nid d’expression cinéphile. Triste d’avoir à laisser les choses en plan alors que notre beau dialogue était à peine entamé. Triste de ne plus pouvoir partager ainsi avec vous mes passions, mes coups de cœur et mes détestations.
La critique est un espace fragile. Certains la voudraient utilitaire, d’autres pure et dure. Certains méprisent son « intellectualisme déplacé », d’autres la respectent (ces oiseaux-là sont rares). Certains la décrient, d’autres aimeraient qu’elle persiste à s’écrier.
Les faits ne m’aideront pas dans cette affirmation, mais je crois encore, chers vous, qu’être critique est un vrai métier. Pas un à côté ou un passe-temps. Être critique de cinéma est un métier que l’on épouse par passion. Parce qu’il faut s’être dit un jour, devant tel ou tel chef d’œuvre, pour défendre ce film-là, je me fâcherai avec la terre entière si on me le demandait. Parce qu’il faut croire, dans un monde où cela est de plus en plus difficile, que le cinéma est chose trop importante pour le laisser s’étioler. Parce que comme dans un combat, il faut croire en sa cause, y croire peut-être même aveuglement. Le critique français à Charlie Hebdo et France Inter, Michel Boujut, le disait : « Un critique : celui qui résiste : aux pressions, à l’air du temps, au consensus ».
Il y a en effet une forme de résistance folle et naïve dans la vie d’un critique. Car pour lui, rien ne doit être plus important que le cinéma. Il faut se réveiller chaque jour en espérant le nouveau film à voir, en croyant sincèrement que le film capable de nous bouleverser est encore à venir. Il faut croire à l’enchantement. Il faut vouloir, à tout prix, prolonger le bonheur et la réflexion que peuvent engendrer le regard d’un cinéaste sur notre monde.
Ce n’est qu’à ce prix, celui d’un engagement total et exigeant, que le critique pourra alors espérer partager et faire naître au fond des yeux du lecteur une précieuse étincelle de curiosité. Le critique ne doit en effet prétendre à plus. Son but est simple : réussir à créer un espace où, loin des préoccupations bassement matérielles ou vedettariales, il fera bon discuter, argumenter, penser. Un espace où évidemment, la subjectivité sera de mise, puisqu’il n’y a pas d’objectivité dans l’amour. Un espace enfin où même la mauvaise foi sera toujours préférable à l’hypocrisie. Encore Michel Boujut (je vous le dis, ce type est un génie) : « une autre façon plus directe, plus vraie, et moins emmerdante de parler des films : dire pourquoi ils nous font battre le cœur »
Oui, le critique doit aimer le cinéma. Comme on aime un peu, beaucoup, à la folie. Comme on aime déraisonnablement. Le critique doit être têtu, obstiné, capable de s’enflammer sans peur du qu’en dira-t-on et refuser sans discernement la complaisance. Il doit envoyer dans sa tête se pendre haut et court ceux qui le trouvent « trop méchant ». Il n’y a pas de méchanceté ou de gentillesse dans la critique : seulement une magnifique machine à aimer qui parfois s’emballe ou déraille mais parfois aussi réussit à faire partager sa ferveur.
Sans ce type d’amour, que devient la critique ? Un alignement de mots tièdes qui se mangent à la rigueur réchauffés. Une information sèche, sans colère, ni passion. Un texte sans vie.
L’absence de vie dans les textes critiques est un grand danger. Car, il faut bien l’admettre, une critique ne s’écrit qu’en fonction de soi. Et qu’y a-t-il de plus triste qu’un texte où se devine derrière les mots, le zombie timide, le mort-vivant opportuniste, le fonctionnaire de la pensée ?
Chers vous, que je considère sans vous connaître comme mes amis, puisque chaque semaine je vous livre une part de moi, chers collaborateurs qui, pendant cette année, avez partagé cette vision, chers gens du milieu avec qui j’ai aimé travailler, je tiens d’abord à vous remercier. Du fond du cœur. Pour rester en contact, je vous invite également à faire un tour sur le blog que j’animerai désormais (www.arretetoncinema.blogspot.com). Quant au reste, je n’ai pour vous que ce conseil : soyez exigeants.
hfaradji@videotron.ca

Comments:
On est gentils, alors raconte...!
 
Oui, moi aussi je veux savoir!
 
Dommage, pour la politique éditoriale aveugle. Mais, en fait, c'est une excellente occasion de développer des nouvelles stratégies, y compris par ce blogue.
Trop intellectuelle? Soit. Allons chatouiller l'intellect.
 
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